Assassin’s Creed II

AC2

Du haut de la cathédrale Santa Maria del Fiore, la vue est magnifique. Quelle sera l’étape suivante ? Un petit tour sur le Ponte Vecchio suivi d’un plongeon dans l’Arno ? Une balade vers l’Hôpital des Innocents ? Une virée dans la campagne toscane ? Car nous voilà miraculeusement téléporté dans l’Italie de la Renaissance, d’abord à Florence (où l’on fréquentera Leonard de Vinci et secourra Laurent de Médicis), plus tard à Venise. Deux ans après un premier épisode situé en Terre sainte à l’époque des croisades, la saga Assassin’s Creed fait un bond de trois siècles dans l’avenir mais conserve son principe fondateur qui rejoint l’un des grands rêves associés au jeu vidéo : celui du dépaysement radical, de l’immersion prolongée dans d’autres lieux et d’autres temps.

Sur ce plan, et au-delà même du soin apporté à la reconstitution historique, Assassin’s Creed II marque des points en se détournant de ces vieilles scies vidéoludiques que sont le médiéval fantastique, le champ de bataille plus ou moins futuriste et la cité tentaculaire contemporaine. Si ce parti pris confère au jeu une indéniable fraîcheur, son gameplay se révèle moins original que son univers. Car c’est d’une certaine manière en rentrant dans le rang que ce deuxième Assassin’s Creed corrige les principaux défauts du précédent, à commencer par ses aspects répétitifs, prévisibles, presque mécaniques.

Des déplacements libres sur une carte dont de nouvelles zones se débloquent au fil de l’aventure. Une suite de missions (fréquemment criminelles) à accomplir pour faire progresser le récit assortie d’innombrables activités facultatives (chercher des trésors, jouer les livreurs…). Une incitation simultanée à l’errance rêveuse et à la transgression musclée. On t’a reconnu, GTA. Au même titre que le super-héroïque inFamous dont il est le pendant en costumes d’époque, Assassin’s Creed II s’approprie cependant la formule du best-seller de Rockstar Games pour l’adapter à son projet, y ajoutant au passage des éléments qui ont fait le succès de deux autres séries majeures d’Ubisoft Montréal : les acrobaties de Prince of Persia et l’infiltration de zones gardées par des hommes en armes de Splinter Cell.

Un peu à la manière d’Uncharted bien que sur un tout autre registre, Assassin’s Creed II s’appuie ainsi sur des dispositifs ludiques déjà bien rodés mais n’en perd pas pour autant son identité. Bien au contraire, le système GTA étant d’abord une manière dynamique de mettre en scène un monde virtuel, c’est ce dernier qui en sort magnifié, que l’on soit ou non sensible au côté Guide du Routard historique d’un jeu toujours prêt à nous éclairer (et avec plus de sérieux que prévu) sur les monuments et personnages croisés. Alors que la nuit tombe sur la lagune, le bruit d’une course fébrile sur les toits résonne encore à nos oreilles. Dans les rues, chacun vaque à ses occupation. Une fresque admirable s’est animée et nous a englouti.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°733, 16 décembre 2009)

Assassin’s Creed II (Ubisoft), sur PS3, Xbox 360, Mac et PC

Erwan Higuinen

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