Uncharted : Drake’s Fortune

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Uncharted : Drake’s Fortune est un jeu qui vient de loin. Non qu’il s’agisse de l’une de ces Arlésiennes du jeu vidéo que l’on attend des années durant : à l’inverse de beaucoup de gros jeux Sony destinés à la PS3, de MotorStorm à Killzone 2, le dernier né du studio Naughty Dog (Crash Bandicoot, Jak & Daxter) aura longtemps été tenu à l’écart des projecteurs. Si Uncharted possède pourtant quelque chose de familier, c’est que l’on devine sans mal la généalogie de ses principaux éléments, de son intrigue et ses personnages à ses partis pris de gameplay. C’est sans doute la limite du jeu : arpentant sa jungle éblouissante, on regrette par moments qu’elle ne serve, au fond, qu’à une partie de plus de gendarmes et voleurs (un sentiment que provoquait aussi un peu, dans son genre acrobate, le très beau Assassin’s Creed). Mais c’est aussi, d’une certaine façon, sa principale qualité, qui le rapproche du tout frais Ratchet & Clank : Opération Destruction avec lequel Uncharted forme un fort efficace duo ludique américain déboulant à la rescousse d’une ludothèque PS3 encore un peu chiche.

Le joueur est invité ici à diriger l’aventurier Nathan Drake, parti sur les traces de son supposé ancêtre du XVIe siècle, Sir Francis Drake, et de l’Eldorado avec, à ses côtés, une jeune et blonde journaliste. Vous avez dit Indiana Jones ? Précisément et, donc, côté jeux vidéo, Tomb Raider (ou Rick Dangerous, pour les plus âgés). Mais ce n’est pas tout, car la dimension plateforme est traitée ici d’une manière qui rappelle fortement l’élégant Prince of Persia, jusque dans le rendu visuel des chutes mortelles synonymes de retours en arrière. Reste que l’essentiel du jeu se compose de phases de tir : profitant, pour s’abriter, des nombreux et opportuns murs et rochers qui s’offre à lui à intervalles réguliers, notre héros gagne peu à peu du terrain en abattant ses ennemis, d’une manière qui ne dépaysera pas les fans de Gears of War.

Il n’y aurait alors rien de neuf sous le soleil éclatant des tropiques d’Uncharted ? Peut-être, mais tout est ici réalisé avec un soin qui force l’admiration, jusque dans la mise en scène de cinématiques série B très au-dessus de l’ordinaire vidéoludique. Le plaisir ne manque pas non plus à l’appel : on avait déjà fait tout ce que l’on fait ici, mais rarement avec autant de naturel et dans des lieux si impressionnants. Car si Uncharted nous en dit sans doute assez peu sur le jeu vidéo de demain, il constitue pour celui d’hier un éclatant aboutissement.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°634, 22 janvier 2008)

Uncharted : Drake’s Fortune (Naughty Dog / Sony), sur PS3 et PS4

Erwan Higuinen

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