Chibi-Robo

ChibiRobo

Dans le grand livre des héros improbables du jeu vidéo, Chibi-Robo devrait trouver sans mal une place de choix. Robot ménager de taille réduite (7 cm, pas plus), il parcourt la maison de la famille Sanderson dans un but simple : leur apporter le bonheur. En nettoyant le sol, en ramassant les détritus et en résolvant tout un tas de problèmes qui perturbent la bonne marche du foyer. Dont le malaise est plus profond qu’il n’y paraît. Ne pas se fier à la musique guillerette et aux couleurs vives de cet espace domestique changé pour nous en terrain d’aventures : ici, rien ne va. La famille est sans le sou, le père est au chômage. Lui reprochant ses dépenses inconsidérées d’amateur de gadgets électroniques, son épouse le force à coucher sur le canapé du salon et, pour plus de sûreté, s’enferme à clé dans sa chambre. Quant à leur petite fille, traumatisée, elle se déguise en grenouille, ne s’exprime qu’en coassant et, le regard apeuré, erre dans la maison à la nuit tombée.

Aux troubles de la famille répondent ceux des jouets qui, le soir venu, prennent vie façon Toy Story. Espace ludique à conquérir, la maison est aussi un réservoir de micro-fictions peu à peu dévoilées avec une belle subtilité. Comédie pop au charme persistant, assemblage stylé de signes issus du quotidien (on pense à We Love Katamari), Chibi-Robo est en même temps un mini-mélodrame touchant à la progression savamment orchestrée (phases de jeu de 15 minutes alternant le jour et la nuit, exploration toujours plus poussée alors que notre robot récupère des accessoires et que sa batterie gagne en autonomie). Dans l’ombre des blockbusters bruyants, c’est aussi l’une des plus belles surprises de cette fin de saison.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°553, 4 juillet 2006)

Chibi-Robo (Skip / Nintendo), sur GameCube

Erwan Higuinen

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