Gundam

Gundam

Lorsque, un beau jour d’avril 1979, la télévision japonaise diffusa le tout premier épisode de Mobile Suit Gundam, Yoshiyuki Tomino était sans doute loin d’imaginer le destin hors du commun qu’allait connaître sa nouvelle série. Trente ans plus tard, on ne compte plus les suites, longs métrages dérivés, mangas, jeux vidéo et jouets variés qui composent l’immense galaxie Gundam, dont rien ne semble devoir ternir la popularité. Les premiers pas n’ont pourtant pas été si faciles : le succès escompté par la chaîne n’étant pas au rendez-vous, la série initiale fut en effet écourtée et ce n’est qu’après la mise en vente des premières maquettes de robots Gundam qu’elle vit sa notoriété décoller.

Si les liens entre les différentes œuvres labellisées Gundam peuvent sembler obscurs aux profanes, la saga a évolué sans trahir les intentions de Tomino, et d’abord celle de rompre avec les super-robots fantasmatiques de Go Nagai au profit d’une approche plus « réaliste ». Cela vaut pour le design des mechas – dont les formes, les matières, les articulations sont soigneusement étudiées – comme pour l’approche psychologique des récits, où se juxtaposent guerre brutale et comédie sociale ancrée dans le quotidien.

Plutôt qu’une simple machine, chaque robot Gundam s’apparente à un deuxième corps, plus lourd et aux capacités neuves, auquel les jeunes pilotes qui s’y glissent devront s’habituer. Au fil de combats tendus qui flirtent avec le ballet aérien, la métaphore de l’adolescence se révèle limpide. Gundam la déploie dans un univers mélancolique et violent, voire quasi apocalyptique, mais avec un esprit rétif au manichéisme comme à la glorification de la force brute. Entre camps antagonistes, on n’hésite d’ailleurs pas à se lancer occasionnellement dans un vrai débat d’idées. Cousin nippon de Star Trek et ancêtre direct d’Evangelion, Gundam fait aujourd’hui figure de monument de la culture manga. Mais c’est un monument toujours bien vivant.

(Paru dans Manga Impact, Editions Phaidon, 2010)

Erwan Higuinen

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