Majin and the Forsaken Kingdom

Majin

La créature est étrange. Sorte de bon géant à cornes au corps partiellement recouvert d’une fraîche mousse verte sur laquelle poussent quelques fleurs, le Majin est à la fois une figure burlesque, un être surnaturel et notre nouveau camarade de jeu. Ce n’est pourtant pas lui que l’on dirige dans Majin and the Forsaken Kingdom mais son partenaire d’épopée humain qui communique sans cesse avec lui. Et c’est précisément leur relation qui donne sa dynamique à ce jeu passé un peu inaperçu dans le tourbillon des sorties de la fin d’année.

Conçu par Yoshiki Okamoto, producteur dans une autre vie de Street Fighter II chez Capcom, Majin and the Forsaken Kingdom est un conte féerique à vivre de l’intérieur, une plongée envoûtante dans un univers aux tonalités irréelles soumis à une mystérieuse malédiction. Pour lui donner vie, Okamoto s’est visiblement inspiré des œuvres de son confrère Fumito Ueda, notamment d’Ico. Mais aussi, curieusement, de ce que l’on croit savoir de The Last Guardian, sa prochaine création espérée pour la fin de l’année, qui reposera aussi sur l’alliance d’un garçon et d’une créature chimérique. Tout laisse cependant penser que la manière dont Ueda exploitera le concept diffèrera de celle d’Okamoto, dont le fourmillant Majin tourne le dos à l’ascétisme narratif et plastique du père de Shadow of the Colossus.

Le jeu tend d’ailleurs un peu vers la comédie avec son colosse qui trébuche et la mise en scène pince-sans-rire des discours dont nous gratifient les rats et perroquets croisés entre châteaux et forêts. Ce qui n’empêche pas l’affaire d’être menée avec une forme de naïveté souvent touchante grâce, encore une fois, aux liens que l’on tisse avec l’improbable créature. On lui donne des instructions, on lui demande de nous suivre. Ou, entre deux escalades solitaires parce qu’il faut bien parfois se séparer, on se cache derrière son dos quand l’ennemi nous assaille – on a régulièrement besoin d’un plus costaud que soi dans ces contrées hostiles – alors que, lorsqu’ils nous invitent à coopérer avec un personnage non interactif, les jeux vidéo contraignent plus fréquemment à le protéger. Mais le joueur prendra aussi soin du gros bêta, expérimentant simultanément la force et la faiblesse, comme doté de deux corps dans le monde merveilleux de Majin. Dont la fréquentation n’est pas, loin s’en faut, la plus mauvaise façon de commencer l’année.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°789, 12 janvier 2011)

Majin and the Forsaken Kingdom (Game Republic / Bandai Namco), sur PS3 et Xbox 360

Erwan Higuinen

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