Bit.Trip Presents… Runner 2 : Future Legend of Rhythm Alien

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En l’espace de deux ans, de mars 2009 à février 2011, le studio californien Gaijin Games a réalisé une performance rare : lancer pas moins de six jeux bien différents (Bit.TripBeat, Core, Void, Runner, Fate et Flux) mais qui creusaient le même sillon rétro-expérimental en s’appuyant sur quelques piliers de la préhistoire vidéoludique (Pong, Pitfall…). Alors que l’industrie prend souvent comme modèle le cinéma ou les séries télé, la démarche évoque plutôt celle d’un groupe de rock enchaînant fiévreusement les singles, sans perdre de temps quand l’inspiration est là. Des singles qui ont été ensuite réunis sur les très recommandables « albums » Bit.Trip Complete (pour Wii) et Bit.Trip Saga (pour 3DS).

Avec Runner 2 : Future Legend of Rhythm Alien, Gaijin offre une suite à l’un des volet les plus réussis de cette collection, qui ne gagne pas ici qu’un habillage moins dépouillé que celui d’origine. Cousin esthète du genre endless runner qui, de Canabalt à Temple Run, triomphe sur les smartphones, Runner 2 se révèle d’abord, comme ses devanciers Bit.Trip, une affaire de rythme. Au Commander Video qui nous sert d’alter ego est proposée une série de niveaux. Si le personnage avance de lui-même, il nous faudra intervenir pour lui faire éviter les obstacles et ramasser les trésors qui jonchent le parcours. Ce qui n’a rien d’une promenade de santé : alors que les actions possibles se multiplient (sauter, se baisser, se protéger…) et que le tempo s’accélère, on sent affleurer comme un sentiment de panique – puis c’est une douce euphorie qui nous gagne lorsque l’on commence à croire au run parfait.

Osera-t-on choisir le plus délicat des passages ? Car Runner 2 – c’est l’une de ses nouveautés – propose régulièrement des embranchements. Et, entre deux dangers, prendra-t-on le risque de danser ? Le coup de génie des développeurs est là : l’une des actions disponibles – la danse, donc – ne possède aucune réelle utilité. Pourtant, la tentation de s’y adonner est permanente, ce qui en dit long sur la véritable nature de l’expérience. Runner 2 s’apparente à un jeu musical dont l’image tiendrait à la fois lieu de partition et de scène. La manette est notre instrument sur lequel il faut faire ses gammes (et apprendre à maîtriser chaque niveau-morceau) avant de pouvoir l’oublier. Alors, dans le détail, la nuance, tout paraîtra possible. Les jeux de rythme, avec leurs boutons à presser au bon moment, ont souvent pour limite de faire du joueur un simple exécutant. Mine de rien, Runner 2 nous promeut au rang d’interprète – et ça change presque tout.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°909, 30 avril 2013)

Sur PS3, Xbox 360, Wii U, Mac et PC (Gaijin Games)

 

Erwan Higuinen

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