La Neuvième Porte

NeuviemePorte

Comme des montagnes russes, le générique de La Neuvième Porte emporte le spectateur dans une traversée des neuf portes annoncées. C’est le programme du film, mais aussi l’unique moment où l’on est pris de vertige car, dans cette quête des trois exemplaires d’un livre qui fut sans doute écrit par Lucifer, l’approche du satanisme est nettement moins convaincue, donc moins convaincante, qu’à l’époque de Rosemary’s Baby. Dans ce scénario presque trop ouvertement polanskien, il ne s’agit au fond que d’un macguffin, quasiment d’un prétexte, tant Polanski prend le parti de la lisibilité, refusant les zones d’ombre jusqu’à livrer parfois de façon très appuyée les clés de son récit. Mais c’est aussi pour cela que l’on prend du plaisir à la vision de La Neuvième Porte. On est en droit de préférer la manière dont Polanski cherche à entraîner le spectateur derrière lui (en lui montrant précisément la direction à suivre) à la volonté, aujourd’hui plus répandue, de le piéger, de le perdre en route quitte à inverser deux panneaux indicateurs (cf Usual Suspects). On peut alors se concentrer sur l’essentiel : la façon dont Polanski filme – toujours à merveille – les lieux (quelques riches demeures new-yorkaises, une échoppe de bibliophiles portugais, un grand hôtel parisien, un château) et surtout, puisqu’il s’agit ici de passer des portes, les entrées du personnage de Johnny Depp dans ces lieux – entrées ordinairement physiques, alors qu’Emmanuelle Seigner y apparaît (silhouette immobile ou flottant dans les airs, ou encore visage aperçu en retirant un livre d’une bibliothèque) et que les autres personnages, maîtres des lieux, sont toujours déjà là.

Si le film évoque Hitchcock (disons La Mort aux trousses) et Welles (le déroulement du récit rappelle par moments Monsieur Arkadin), s’il navigue quelque part entre le réel (son sens du concret), le cinéma de genre (avec tous les archétypes du film noir) et le surnaturel, c’est pour finalement choisir une approche plus ludique que métaphysique et se muer en une aventure inédite de Tintin sur laquelle viennent se greffer quelques séquences naïvement grandiloquentes façon Fu Manchu. De là naissent à la fois la limite (tout ça pour ça ?) et l’intérêt du film, dans lequel seules deux questions importent vraiment : où vais-je arriver et que vais-je y trouver ? Cette façon de mettre en avant le goût de la découverte contribue à faire de La Neuvième Porte, sinon le grand film que l’on continue d’attendre de Polanski, du moins une réussite mineure mais encourageante.

(Paru dans Les Cahiers du cinéma n°539, octobre 1999)

La Neuvième Porte (The Ninth Gate, 1999) de Roman Polanski

Erwan Higuinen

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *