Escape Goat 2

EscapeGoat2

Dieu bénisse les rongeurs de compagnie. Car que pourrait bien faire la chèvre star et néanmoins violette et pourvue de cornes vertes d’Escape Goat 2 si elle n’avait pas avec elle ce petit rat obéissant et un rien kamikaze, soutien indéfectible tout au long de sa fébrile exploration du réseau de salles qui s’offre à elle. Ou, plutôt, de ce dédale qu’elle cherche à fuir, sans négliger pour autant de sauver au passage les âmes de moutons égarés – on n’a pas tout saisi, la vérité est sans doute ailleurs, peu importe. Le rat, donc, est ce personnage-outil, cet accessoire presque mignon qui change tout dans Escape Goat 2 comme dans le mini-tube indé de 2012, plus gros succès jusqu’alors de l’Américain Ian Stocker, auquel il fait suite. Le rat est ce qui permet de se dédoubler, d’atteindre des zones lointaines de l’écran, de se frotter aux méchants sans frémir, de prendre des risques. Il est notre regard incarné là où la chèvre serait notre corps. Une pression sur un bouton de la manette (ou sur une touche du clavier) et c’est parti : le rongeur s’élance, tout droit sur le sol, les murs, les plafonds. Et nous, la chèvre, à l’abri, on observe, on analyse, on avise. Si nécessaire, on essaiera autre chose.

Mais reprenons au début. Escape Goat 2 est un mélange de plateforme et de jeu de réflexion, quelque chose comme un Solomon’s Key moderne, un Toki Tori qui ferait des bonds. Chaque niveau se résume à un écran dont il faut atteindre la sortie – en trouvant des clés, en utilisant des interrupteurs, en déclenchant des réactions en chaîne… Mais chaque niveau est aussi une case sur le plan qui se complète peu à peu et offre par moments plus d’un embranchement. Il y a du Castlevania (du « Metroidvania ») dans ce rapport entre l’espace, la progression et le récit, dans cette idée, inhabituelle pour un puzzle game, qu’au fond, cartographier le parcours, c’est raconter l’histoire.

Mais sa vraie singularité est d’ailleurs. Au-delà du jeu de mot (en anglais, « scapegoat » signifie « bouc émissaire »), le titre programmatique est trompeur. Car si s’échapper (« escape ») est bien l’objectif constant de notre chère chèvre, Escape Goat 2 n’appartient pas à ces jeux de réflexions obsessionnels qui exploitent sans relâche le même sillon comme s’il s’agissait de l’épuiser (ou de s’étourdir en rêvant d’y parvenir). Ici, on construit au lieu de creuser et les règles évoluent régulièrement grâce aux pouvoirs qu’acquièrent la chèvre et le rat. Escape Goat 2 est un jeu ouvert (à l’expérimentation, à l’échec, au monde…) et jamais étouffant, une sorte de die & retry cordial, gentil mais jamais gentillet – son level design est solide et inventif – dans lequel « vous êtes mort » ne fera jamais le poids face à « essaie encore ». Certains crieront peut-être au manque de radicalité devant le côté indulgent de l’approche. Laissons-les faire.

(Paru dans Games n°3, mai 2014)

Escape Goat 2 (Magical Time Beam), sur PC, Mac et PS4

Erwan Higuinen

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