Little Big Planet

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C’est fou, tout ce que l’on trouve dans les niveaux de Little Big Planet. Des crânes qui nous suivent des yeux, des crocodiles aux mâchoires qui claquent, des wagonnets de mine lancés à pleine vitesse. Et tout un tas de mécanismes à déclencher, de défis à relever et de trucs à ramasser : des vêtements pour notre héros, des autocollants décoratifs, des billes qui rapportent des points et puis, tiens, une petite clé. Il en est pourtant une autre dont on jurerait qu’elle est en notre possession depuis le début : la précieuse clé du coffre à jouets sans fond dans lequel nous voilà plongés.

Car Little Big Planet, titre éminemment stratégique pour Sony à l’approche de Noël, est une chose tout à fait spéciale. Il n’est pas, loin s’en faut, le premier à offrir la possibilité de concevoir leurs propres niveaux. Si les consoles rattrapent peu à peu leur retard en la matière, la modification de jeux en amateur est une vieille tradition sur PC, dont est par exemple issu l’indémodable Counter-Strike. La démarche des auteurs de Little Big Planet est cependant particulière : ici, l’éditeur de niveaux est venu le premier, et ceux que nous offre Media Molecule sont peut-être d’abord destinés à montrer aux joueurs ce qu’eux-mêmes peuvent créer. La cinquantaine d’épreuves de son mode « Histoire » ne constituent d’ailleurs déjà plus qu’une infime partie de la galaxie Little Big Planet. Sages ou audacieux, inspirés ou laborieux, portés sur les architectures complexes ou sur l’humour potache, les joueurs ont déjà pris le pouvoir et leurs œuvres interactives se comptent par centaines. En cela, Little Big Planet s’apparente encore davantage que Spore à un YouTube du jeu vidéo et redonne tout son sens au terme souvent galvaudé de communauté. Ici, on partage ses créations, on explore seul ou à plusieurs celles des autres, on se laisse des commentaires… Sur ce plan, il y aura assurément un avant et un après Little Big Planet.

Encore faut-il que le jeu en vaille la chandelle, mais c’est largement le cas. S’il n’est pas exempt de petits défauts techniques (dont une gestion un peu imprécise des sauts), Little Big Planet emporte le morceau grâce au charme inouï de son univers et de son héros Sackboy, une adorable poupée de chiffon-marionnette relookable à volonté. Surtout, sur des bases classiques de jeu de plateforme 2D (mais dont l’action prend place sur trois plans distincts) se déploie tout un petit théâtre d’objets dont les textures (tissu, carton, laine…) et la consistance physique donnent d’emblée une énorme envie de les manipuler. En misant sur cette impulsion, Little Big Planet ne se contente pas de s’abreuver à la source du medium – le pur plaisir de l’interaction – mais relie de manière déterminante le jeu et sa conception sous l’angle commun de la réorganisation subtile et sensuelle des formes dans l’espace. Entre l’auteur, le joueur et le spectateur, les barrières tombent. L’utopie vidéoludique s’est trouvé un nom qui lui va à ravir : Little Big Planet.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°679, 2 décembre 2008)

Little Big Planet (Media Molecule / Sony), sur PS3

Erwan Higuinen

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