La Scandaleuse de Berlin

Scandaleuse

Parmi les comédies de Billy Wilder, La Scandaleuse de Berlin tient une place à part, non par sa forme (classique) ni son humour (grinçant), mais par sa localisation et son rapport à l’histoire récente. Car Berlin est la ville où Wilder, jeune juif autrichien, débarque en 1926 pour y devenir journaliste puis scénariste, avant de devoir la quitter en 1933. Il y revient en 1945 pour superviser la réorganisation et la dénazification de l’industrie du spectacle, puis décide, en 1948, d’y situer cette Scandaleuse de Berlin dont les extérieurs sont tournés sur place.

Le film commence par l’arrivée d’une commission de parlementaires américains chargés d’enquêter sur le comportement des troupes d’occupation. Parmi eux, une jeune députée républicaine de l’Iowa (Jean Arthur) s’aperçoit vite que les soldats américains, loin d’être irréprochables, fréquentent assidûment le marché noir et les blondes Allemandes. Son enquête se fixe alors sur le cas d’une chanteuse de cabaret (Marlene Dietrich), ancienne maîtresse d’un dignitaire nazi devenue celle d’un officier US (John Lund) qui s’empressera de séduire la fouineuse pour détourner ses soupçons.

Ecrit avec son habituel complice Charles Brackett, ce scénario permet à Wilder d’aller joyeusement contre un certain nombre d’idées reçues, à commencer par celle qui voudrait que les militaires américains soient forcément exemplaires et les Allemands de l’après-nazisme nécessairement méprisables. Wilder, lui, réunit tout le monde dans un cabaret où, l’uniforme mis à part, rien ne différencie vraiment les uns des autres. Mais le film est surtout l’histoire d’un homme partagé entre deux femmes : Marlene, ange (bleu) déchu qui accapare les regards, et Jean Arthur en puritaine stricte prête à virer sa cuti, réminiscence de la Ninotchka imaginée par le même Wilder pour Lubitsch. Au fil des renversements successifs, tout manipulateur a vocation à être manipulé et tout séducteur à être séduit dans cette comédie typiquement wilderienne, donc réjouissante de mauvais esprit.

(Paru dans Libération du 3 mai 1997)

La Scandaleuse de Berlin (1949) de Billy Wilder

Erwan Higuinen

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