Big Bang Mini

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Des lapins à lunettes sur tapis volant, un pingouin pirate sous la neige, un dragon qui flotte dans le ciel de Hong Kong. Aucun doute : Arkedo est de retour. Après le casse-brique en 2007 avec Nervous Brickdown, le mini-studio parisien s’offre une relecture d’un autre genre primitif : le shoot’em up (Space Invaders, Galaga…), revu sous l’angle festif du lancer de feux d’artifice. « Ce qu’on essaie de faire de temps en temps, c’est, de façon très respectueuse, de picorer une petite idée née il y a 20 ou 30 ans et de voir s’il ne serait pas intéressant de lui donner un petit coup de frais en fonction de l’ergonomie d’une console en particulier », explique Camille Guermonprez, fondateur d’Arkedo. Big Bang Mini est même un descendant direct de Nervous Brickdown : « Le jeu proposait une vingtaine de gameplays et on s’est demandé s’il n’y en avait pas un qui mériterait d’être repris, pour faire une bouture et voir si cela ne donnerait pas un arbre complet. »

Le résultat a fière allure avec ses 90 niveaux fourmillant d’idées ludiques autant que graphiques et sonores (mention spéciale au monde électro-pointilliste Luxor), ses « missions », son mode « challenge » pour les amateurs de courses au meilleur score… Et si Big Bang Mini séduit aussi par sa manière de plonger le joueur dans un environnement musical réactif, il vaut d’abord pour son subtil infléchissement des dynamiques du genre. Le joueur a ainsi la possibilité de tirer (au stylet) à partir de n’importe quel zone de l’écran tactile et non plus seulement de son vaisseau, qu’il faudra néanmoins déplacer (également au stylet) pour éviter les tirs adverses, d’où une alternance de phases offensives et défensives. Deuxième innovation : en cas de cible manquée, nos projectiles redescendront vers nous, ce qui contribue à doter Big Bang Mini d’une dimension tactique inédite.

Mais le jeu n’est pas qu’une épatante réinvention d’un genre un peu passé de mode. C’est aussi une nouvelle preuve que, dans le jeu vidéo contemporain, les budgets astronomiques et les équipes de développement pléthoriques ne sont pas une fatalité. Fondé par Camille Guermonprez grâce aux indemnités reçues en quittant l’éditeur de jeux pour téléphones portables qu’il avait créé, Arkedo compte aujourd’hui quatre salariés. Et « rejoue [sa] vie tous les 18 mois : si on ne réussit pas, quand on vend un jeu, à gagner assez d’argent pour en financer un autre jusqu’au moment où, à son tour, on le vendra, la boîte meurt », précise-t-il. Avant d’ajouter qu’il n’échangerait sa place pour rien au monde : « Je préfère être petit, chez moi, heureux et faire ce que je veux que grand, cravaté, avec un bon salaire et faire des boards tous les quinze jours parce que les actionnaires flippent. » Pour le moment, cette démarche artisanale (plutôt qu’artistique, Guermonprez y tient) un brin utopique réussit à merveille à Arkedo. Lapins à lunettes, pingouins pirates et amateurs d’expériences vivifiantes applaudissent des deux mains.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°703, 19 mai 2009)

Big Bang Mini (Arkedo), sur DS

Erwan Higuinen

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