The Floor is Jelly

Floor

Le titre annonce la couleur : le sol, c’est de la gelée. Il faut donc s’attendre à ce qu’il ne réagisse pas vraiment comme on en a l’habitude dans les jeux de plateforme 2D. Il s’enfonce sous notre poids alors qu’on se laisse tomber – mon dieu, et si cette matière étrange venait à nous engloutir complètement ? Mais non, au contraire, à condition de bien doser notre impulsion, voilà que le sol même joue les tremplins et nous entraîne plus haut que prévu. Un rebond sur le mur qui, lui aussi, bien évidemment, est fait de gelée colorée, et notre ascension ne tarde pas à devenir vertigineuse. Voilà pour les éléments de base de The Floor is Jelly, le premier titre commercial (mais produit en indépendant) du jeune Américain Ian Snyder, passé par l’Independent Games Festival en 2012 dans la catégorie des jeux étudiants.

Mais il a tout pompé à LocoRoco ! s’écrieront certains au vu du style délibérément naïf de The Floor is Jelly. D’autres évoqueront les jeux PixelJunk, Ibb & Obb ou encore Hohokum. Ils auront raison – Snyder reconnaît d’ailleurs volontiers l’influence de plusieurs de ces jeux – mais sur le plan graphique seulement car, ludiquement, c’est une tout autre affaire. Cette dernière s’apparente d’abord à un apprentissage : celui d’une physique différente, donc d’un autre rapport à l’espace. Quelles zones sont accessibles à notre petit personnage ? Comment rallier la sortie de ce niveau qui semble d’abord hors de portée ? D’où, aussi, quelques ratages vaguement risibles au début du jeu lorsque, trop sûr de nous, on se retrouve précipité dans le vide après une glissade ou un rebond mal maîtrisé. Apprendre, donc. Se familiariser avec les formes, les textures, prévoir la déformation des surfaces. En jouer. En jouir. Car, comme tout vrai bon jeu de plateforme, The Floor is Jelly est aussi un terrain d’expérimentations joyeuses où l’interaction devient en elle-même un plaisir. Le gamin qui ne se lasse pas de se lancer sur les parois du château gonflable géant, c’est nous, la manette en main.

Ce n’est cependant pas la seule leçon de Shigeru Miyamoto et de ses complices en charge de Mario qu’a retenue Ian Snyder. La deuxième est tout aussi réjouissante : ne surtout pas se montrer avare en idées. Et nous voilà bientôt aux prises avec des passages sous-marins, des inversions de polarité, des niveaux quasi labyrinthiques qui tournent sur eux-mêmes… Tout vibre, tout change, sous la musique idéale de Disasterpeace (qui avait déjà signé celle de FEZ). L’apprentissage, encore. La joie de la découverte en action, toujours. Quelle merveille…

(Paru dans Games n°2, mars 2014)

The Floor is Jelly (Ian Snyder), sur Mac et PC

Erwan Higuinen

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *