Luigi’s Mansion 2

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Chez les Mario Bros., Luigi a rarement eu le beau rôle. Dans les jeux d’arcade des années 1980, il n’était qu’un clone de Mario destiné à rendre la partie jouable à deux. Depuis, les choses se sont un peu améliorées : il participe à tous les simulations sportives Nintendo (kart, tennis, golf…) au milieu des autres personnages de la marque et a même eu le droit d’accompagner son frère dans les jeux de rôle Mario & Luigi – où l’on ne manque jamais une occasion de se moquer de lui. Il existe cependant une exception, un jeu dont Luigi fut vraiment la vedette et qui gagne aujourd’hui une suite inespérée : Luigi’s Mansion.

Luigi est un personnage trouillard et maladroit ? Qu’à cela ne tienne : c’est en tant que tel qu’il occupera le devant de la scène. Si Mario ne saurait dévier durablement de sa trajectoire héroïque, Luigi, lui, peut donner libre cours à sa nature burlesque, et c’est l’une des joies provoquées par ce Luigi’s Mansion 2 qui reprend et développe les principes du premier volet paru il y a déjà plus de dix ans. La mission de notre moustachu tremblant : explorer cinq manoirs hantés. D’un chapitre à l’autre – l’aventure, pensée pour le jeu nomade, est très découpée –, des instructions lui sont données par un certain professeur K. Tastroff qui, par bonheur, lui a fourni l’arme fatale contre les fantômes : un aspirateur. Il y a du Ghostbusters dans Luigi’s Mansion 2, ainsi que du Resident Evil première manière, celui d’avant le virage paramilitaire. Il y a surtout une belle fraîcheur dans la façon de s’approprier l’idée de maison hantée, rendue à sa dimension enfantine, celle de la fête foraine, du dessin animé, des films que l’on se fait quand tout est encore mystère et jeu.

Chaque entrée dans une pièce à la fois suffisamment générique pour être évocatrice (la cuisine, la bibliothèque, l’atelier…) et riche en secrets – l’enjeu : dévoiler ce qui se cache dans l’image – est l’occasion d’une nouvelle saynète pour rire en sursautant légèrement, d’un ballet de spectres ronds auquel notre antihéros réagit comme il peut, sans que jamais n’y soient sacrifiés les plaisirs simples de l’interaction (déclencher un mécanisme, déplacer un objet…). C’est du slapstick à jouer, follement inventif et dans une 3D relief à tomber. Si Mario est le Charlot du jeu vidéo, son ahuri de frère, lui, fait de plus en plus penser à un autre acteur burlesque qui, à ses débuts, servit justement de doublure à Chaplin : le génialement pleurnichard et malhabile Stan Laurel, la moustache en plus, le gros Hardy en moins. Pas mal du tout pour un second rôle.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°907, 17 avril 2013)

Luigi’s Mansion 2 (Next Level Games / Nintendo), sur 3DS

Erwan Higuinen

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