DmC : Devil May Cry

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Lorsque les premiers détails sur le nouveau Devil May Cry ont filtré, certains ont crié au sacrilège. On leur avait changé leur Dante adoré, le chasseur de démons n’arborant plus sa légendaire crinière blanche mais, désormais brun, une coupe courte plus métrosexuelle que gothique. Les coupables – qui ont eu droit à des menaces de mort. – étaient les Britanniques de Ninja Theory, appelés à relancer la très japonaise série de jeux d’action qui, dans l’opération, allait inévitablement perdre son âme. Grossière erreur : le fruit de leurs efforts est l’un des jeux les plus enthousiasmants de ce début d’année.

A Ninja Theory, on a souvent reproché de privilégier la forme, le raffinement superficiel au gameplay. C’était un peu le cas à l’époque d’Heavenly Sword, mais déjà plus du tout avec Enslaved. DmC leur offre l’occasion de faire définitivement taire cette accusation car le jeu, d’une manière plus décisive que les précédents épisodes de la saga, abat la frontière entre l’efficacité et le style (qui rapporte des points), entre le faire et le paraître. Etre bon, c’est être souple, inventif, élégant. C’est être beau plus encore que puissant – voilà ce qui, dans un registre ludique proche, distingue radicalement DmC de God of War dont le prochain volet est annoncé pour le mois de mars.

Plus profondément, le jeu décolle grâce à une certaine idée du mouvement qui relie la castagne (le but est de réaliser des « combos », soit des séries de coups) au ballet. C’est une mystique de l’enchaînement, une quête toujours recommencée de l’arabesque parfaite, celle qui repousse sans cesse la chute funeste. Le (très élaboré) système de combat peut ainsi être vu comme une collection d’outils chorégraphiques et chaque affrontement, comme un appel à la danse.

Mais le studio anglais ne s’est pas contenté d’offrir une souplesse et une distinction inédites à Devil May Cry (dont l’opération réinvention inclut aussi une BD Glénat et un manga paru chez Kazé). Il le gratifie aussi d’un sens ou, au moins, d’une pertinence nouvelle en faisant entrer la finance sans scrupule, les accusations de terrorisme, les religions et médias manipulateurs ou encore la surveillance généralisée (les caméras, en particulier, sont des monstres à arracher) dans son récit peuplé d’anges et de démons. Pour basculer dans le jeu à thèse ? Pas le moins du monde mais plutôt, façon collage inspiré, afin de donner à cette aventure dans laquelle les villes même se déforment pour nous engloutir des allures de cauchemar éminemment contemporain. Et qui nous parle, de bien des façons à la fois.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°896, 30 janvier 2013)

DmC : Devil May Cry (Ninja Theory / Capcom), sur PS3, PS4, Xbox 360, Xbox One et PC

Erwan Higuinen

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