Little Inferno

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Au même titre que Kentucky Route Zero, Little Inferno fait partie des stars annoncées du prochain Independent Games Festival (San Francisco, 25-29 mars) où, sur sept catégories, il cumule trois nominations et deux mentions. Et ce n’est que justice tant ce jeu spectaculairement accueillant, sorti sur Wii U et PC à la fin de l’année dernière et désormais adapté à l’iPad, étonne et réjouit tout en inspirant un subtil sentiment d’inquiétude à partir d’un concept dont la minceur pourrait paraître rédhibitoire. Devant nous : une cheminée. Sur une table : un catalogue d’objets à acheter. Le but : les brûler. Dans ce monde où une petite voisine nous envoie des lettres que, naturellement, on met illico au feu, faire partir en fumée un raton laveur en peluche, une carte de crédit (appartenant à « quelqu’un d’autre », nous rassure-t-on) ou un épi de maïs rapporte plus que ce qu’ils ont coûté. Rien ne viendra donc entraver notre frénésie pyromane.

Comme dans tout bon jeu vidéo, le premier plaisir naît de l’interactivité même. Déplacer un réveil ou un paquet de céréales jusqu’au foyer de la cheminée, allumer le feu, regarder. Oh, la belle flamme bleue ! Mon dieu, les piles explosent ! Et des toasts aux grands yeux affolés s’extraient en hurlant du grille-pain. Le tout dans la lignée graphique tim-burtonienne du génial World of Goo dont deux des créateurs sont aussi derrière Little Inferno. Au-delà du chouette atelier combustion pour enfants secrètement perturbés de 7 à 107 ans, le jeu est cependant aussi une affaire de réflexion avec sa centaine de combinaisons de trucs à cramer conjointement présentées sous forme d’énigmes (« Pirate à vélo », « Aliments paniqués »…) et qui, une fois réduits en cendres, débloqueront de nouveaux objets et feront avancer le récit. Car Little Inferno a une histoire à raconter, laquelle mérite toute notre attention. Mais, avec ses gestes à répéter sans relâche, de quoi ou de qui se moque-t-il vraiment ? De notre société de consommation-consomption ? Des jeux « sociaux » type FarmVille dont il détourne les principes (acheter, patienter, recommencer…) non sans perversité ? Ou de nous ? Si tel le cas, on le prend très bien, saisi par cette jubilation mélancolique un rien paradoxale qu’il communique admirablement.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°898, 13 février 2013)

Sur Wii U, iPad, Mac et PC (Tomorrow Corporation)

Erwan Higuinen

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