Maison Ikkoku (Juliette je t’aime)

Ikkoku

La Maison Ikkoku n’est pas une pension comme les autres. Etudiant sans le sou, Yusaku Godai y cohabite à son corps globalement défendant avec une belle collection d’originaux : une hôtesse de bar adepte des tenues légères, une femme rondouillarde portée sur la boisson qui y élève son fils et un homme en costume dont nul ne sait précisément à quoi il occupe ses journées. Adapté  de l’une des œuvres les plus fameuses de la grande mangaka Rumiko Takahashi (Lamu, Ranma 1/2, Inu-Yasha…), Maison Ikkoku s’ouvre sur un événement qui va radicalement modifier l’équilibre de cette petite communauté : l’arrivée d’une nouvelle et charmante concierge, Kyoko, âgée d’une petite vingtaine d’années et qui se remet difficilement de la mort de son mari. Pour Yusaku, c’est le coup de foudre.

Séduire la belle ne sera cependant pas chose aisée. D’abord parce que quelqu’un ou quelque chose surgit inévitablement pour s’interposer entre le jeune homme et l’objet de son affection chaque fois qu’il envisage de lui manifester ses sentiments. Mais aussi parce que Yusaku doit en permanence livrer bataille contre sa propre timidité et sa maladresse chronique.

Deux mouvements contradictoires, deux lignes directrices (l’une droite, l’autre entortillée) se heurtent ainsi, donnant à la série un rythme changeant doublé d’un ton singulier. Car le désir individuel de Yusaku – conquérir le cœur de Kyoko – s’exprime dans un cadre régit par une dynamique collective nettement portée sur la bouffonnerie. Exploitation inventive du potentiel narratif d’un lieu et d’un groupe de personnages donnés, Maison Ikkoku tient également de l’exploration subtile des différentes formes de comédies, de la conception romantique du genre au burlesque pur. Oscillant ainsi entre éclats caricaturaux et cristallisation rêveuse, la série n’en perd pas pour autant tout ancrage dans le réel et s’apparente aussi à un voyage souvent enrichissant dans la vie quotidienne japonaise de son temps.

(Paru dans Manga Impact, Editions Phaidon, 2010)

Erwan Higuinen

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