The Silver Cord

SilverCord

Ancien homme de théâtre appelé par Hollywood à l’arrivée du parlant, John Cromwell y tourne, souvent sous la férule de David Selznick, des adaptations littéraires prestigieuses, des mélos et quelques honnêtes films de série (dont En marge de l’enquête, 1947, et Le Racket, 1951, deux films noirs très orthodoxes diffusés ces derniers mois sur Ciné Cinéfil) avant d’être provisoirement mis sur la touche de 1951 à 1958 en pleine chasse aux sorcières en raison de son passé syndical.

Inédit en France, The Silver Cord (1933) confirme à la fois les limites et les qualités du cinéaste. Car si cette adaptation d’un succès de Broadway souffre d’une mise en scène peu inspirée, Cromwell y justifie cependant pleinement sa réputation de grand directeur d’acteurs face à Irene Dunne (vue chez McCarey et La Cava) et Joel McCrea, acteur injustement méconnu malgré une carrière impeccable dans les films de King Vidor, Hawks, Walsh, Hitchcock, La Cava, Preston Sturges, Wellman, Dwan, Tourneur et Peckinpah (dans Coups de feu dans la Sierra, 1962, où, vieilli, il incarne à lui seul la fin de l’Ouest légendaire).

Mais le rôle principal de The Silver Cord est tenu par Laura Hope Crews en mère possessive ne reculant devant aucun chantage affectif pour dissuader ses deux fils de l’abandonner au profit de leurs épouse et fiancée respectives. Exception faite d’un court prologue et de la fuite finale, le film se déroule intégralement dans la demeure familiale, scène unique de cette crise de générations vaguement incestueuse. Si le film fait penser aux Parents terribles (1948) de Cocteau par le personnage de la mère, la comparaison, forcément défavorable à Cromwell (dont le film n’est que moyen, là où Cocteau signe un chef-d’œuvre), n’est pas si déplacée dans la mesure où Cromwell choisit également de conserver à l’œuvre son côté théâtral, jouant sur l’enfermement et la répétition des confrontations. Pour un résultat curieux à défaut d’être totalement convaincant.

(Paru dans Libération du 13 septembre 1997)

The Silver Cord (1933) de John Cromwell

Erwan Higuinen

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