The Legend of Zelda : Twilight Princess

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Une fois de plus, Zelda se sera fait attendre. Envisagé à l’origine comme l’un des derniers gros titres GameCube, le dernier né de cette saga de 20 ans d’âge a finalement vu sa sortie repoussée de plus d’un an, le temps pour ses auteurs, Eiji Aonuma en tête, d’accoucher d’une version Wii destinée à soutenir le lancement de la nouvelle console Nintendo. Ce qui n’a pas manqué de susciter les interrogations : la manette Wii (à agiter pour donner des coups d’épée, à pointer sur l’écran pour tirer à l’arc…) n’allait-elle pas gâcher l’expérience ? Twilight Princess serait-il un grand jeu ? Le plus beau de cette prodigieuse série ? Dans l’ordre : non. Oui. Quelle importance ?

Une chose est sûre : après les audaces plastiques (un air miyazakien de dessin animé), géographiques (un ensemble d’îles à explorer en bateau) et conceptuelles (un accent très marqué sur les quêtes secondaires) du précédent (et sublime) The Wind Waker, Twilight Princess a des allures de retour aux sources et rappelle en particulier beaucoup Ocarina of Time (1996), l’épisode du passage magistral en 3D. Comme alors, on sillonne la plaine d’Hyrule sur le dos de la fidèle Epona, on fait escale au village Cocorico, on fraternise avec les peuples Goron et Zora… Surtout, au premier plan reviennent les « donjons », ces lieux énigmatiques et tortueux, peuplés de monstre (dont, immanquablement, un « boss » dans la dernière salle) et riches en mécanismes complexes à déclencher pour pouvoir progresser. Là où The Wind Waker s’affichait ouvertement sentimental, Twilight Princess se révèle d’abord cérébral, espace « chiffré » à décoder et monument de game design futé.

Ne pas déduire de ces partis pris que Zelda sombrerait dans la redite académique, le jeu n’oubliant heureusement pas de surprendre. Entre autres étrangetés, le héros s’y transformera ainsi en loup, partira à la recherche de singes agités et fera du snowboard en compagnie d’un couple de yétis, l’ensemble se dotant aussi par moments d’une séduisante coloration western. Le souffle épique ne manque pas non plus, et c’est dans une joie sans cesse renouvelée que s’égrènent les dizaines d’heures séparant l’entrée dans son gracieux univers d’une fin que le joueur envoûté n’est jamais pressé de voir venir. Certains reprochent déjà à Twilight Princess de ne pas inventer davantage, de ressembler parfois à un best of Zelda. Il n’est pas révolutionnaire, c’est un fait. Mais la beauté n’en a parfois nullement besoin.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°585, 13 février 2007)

The Legend of Zelda : Twilight Princess (Nintendo), sur GameCube, Wii, Wii U

Erwan Higuinen

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