Street Fighter IV

SFIV

Mars 1991 : un jeu de combat du nom de Street Fighter II fait son apparition dans les salles d’arcade du Japon. Quatre ans plus tôt, le premier volet n’avait pas marqué les esprits, mais le succès est cette fois immédiat. Les salles de jeu se laissent gagner par une fièvre inédite depuis le milieu des années 80 et leurs propriétaires alignent les bornes Street Fighter II comme, autrefois, celles de Pac-Man. Adapté sur les consoles et ordinateurs de l’époque, le jeu tournera au phénomène international, donnant bientôt naissance à une multitude de suites, variantes et crossovers (avec les personnages de l’éditeur rival SNK, avec les super-héros Marvel…). A ce jour, Capcom assure avoir édité 60 versions différentes de Street Fighter, écoulées au total à 25 millions d’exemplaires.

Le « IV » de ce nouvel volet est donc pour le moins trompeur. Il a cependant l’avantage de signifier clairement que ses auteurs entendent donner un nouveau départ – le quatrième, grosso modo – à une série dont les épisodes étaient jusqu’ici plus couramment baptisés Super Street Fighter II Turbo ou Street Fighter Zero 2 Alpha, au risque de plonger dans des abîmes de perplexité tous ceux qui n’étaient pas à jour de leur cotisation au fan-club du musculeux Ryu et de la souple Chun-li. Très vite, l’éditeur japonais a mis les choses au clair : Street Fighter IV associerait le meilleur de deux époques, représentant ses pittoresques combattants au moyen d’une 3D soignée mais reprenant un gameplay 2D – l’action se déroule sur un seul plan – proche du fameux Street Fighter II.

Février 2008 : Street Fighter IV est enfin là, et il tient ses promesses. Ses personnages sont plus vibrants que nature, du simili Hulk prénommé Blanka à l’infâme M. Bison, du clone de Bruce Lee (alias Fei-Long) au militaire yankee Guile (qui, contrairement à ce que sa coupe de cheveux laisserait supposer, n’entonnera finalement pas Voyage, voyage). Quant aux décors, rue commerçante, jungle où s’ébattent serpents et crocodiles ou drive-in en délire, ils fourmillent de détails propres à retenir l’attention. Ce qui n’arrangera pas forcément les affaires des joueurs aux réflexes engourdis ou qui n’auraient pas révisé les combinaisons de touches nécessaires pour obtenir de leurs pugilistes qu’ils daignent effectuer leurs meilleurs coups – ami nullard, rejoins-nous au niveau « débutant », là, juste en-dessous de « très facile ».

Scintillante célébration d’une sous-culture féconde, Street Fighter IV s’apparente en effet aussi à un sport exigeant, à une discipline extrêmement technique qui requiert du joueur un sérieux entraînement. Où est l’athlète ? Sur l’écran, dans ce duel BD à l’impact physique saisissant, ou devant, cramponné à sa manette ? Et qui est l’artiste ? Le créateur du jeu ou celui qui s’approprie ses personnages et leur fait réaliser d’incroyables enchaînements ? Qu’on se le dise : Street Fighter est de retour. Et que l’on soit ou non sensible à son charme batailleur, ce n’est pas rien.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°692, 3 mars 2009)

Street Fighter IV (Capcom), sur PS3, Xbox 360 et PC

Erwan Higuinen

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