Paper Mario : La Porte millénaire

PaperMario

Dans le monde agité du jeu vidéo, la parution d’un nouveau Mario est toujours un événement. Mais, parmi les aventures du plombier Nintendo, Paper Mario : La Porte millénaire n’appartient pas à la lignée principale, celle des jeux de plateformes (les Super Mario Bros, Super Mario 64, Super Mario Sunshine…), tout en n’ayant rien non plus à voir avec ses incartades sportives et/ou festives (Mario Kart, Mario Tennis, Mario Party…). Après Super Mario RPG (1995), Paper Mario (2000) premier du nom et Mario et Luigi : Superstars Saga (2003), La Porte millénaire est en fait le quatrième rejeton d’une branche parallèle de la famille, qui pousse encore plus loin que ses devanciers une chouette idée : marier les principes du jeu de plateformes et ceux du jeu de rôle (ou RPG, dans la novlangue vidéoludique internationale).

Mais la première surprise est visuelle. En dirigeant l’ami Mario à la recherche d’un trésor et de sa princesse disparue, flanqué de compagnons issus du foisonnant bestiaire Nintendo (une tortue en phase d’affirmation personnelle, un petit Yoshi à crête rouge…), on ne peut qu’être frappé par les partis pris graphiques du jeu. Car si l’espace y est en trois dimensions, ce n’est pas le cas des personnages. Le titre est à entendre littéralement : ici, Mario est en papier. Ne pas voir dans ce mélange 2D-3D une simple coquetterie : comme deux ou trois autres grands jeux de ces dernières années (Rez, Viewtiful Joe…), Paper Mario tire de sa singularité visuelle un discret bouleversement de son gameplay. Pour emprunter certains passages, notre héros se changera en feuille, en avion, en rouleau de papier, et c’est la perception même de son monde qui s’en trouve changée, installant une manière de dialectique plastique du plein et du plat.

Au jeu de plateforme, Paper Mario emprunte le dynamisme juvénile, l’importance du timing (doser ses sauts, éviter les obstacles) et une conception de l’espace comme système complexe à conquérir (en comprenant de quelle manière, par le biais de quels mécanismes, il est possible d’atteindre des lieux et objets visibles mais qui paraissent inaccessibles). Du RPG, le jeu fait dans le même temps sien la richesse narrative et la dimension tactico-compulsive des combats au tour par tour.

Des fructueuses hybridations qui constituent Paper Mario et de l’épatante variété des défis qu’il propose (avec des réminiscences de Pikmin, Animal Crossing ou Zelda, sans parler des interludes clins-d’œil qui plongent l’infâme Bowser dans les niveaux du premier Super Mario Bros) découle l’impression réjouissante à la fois d’être plongé dans un monde cohérent (au registre outrageusement fantaisiste) et, peu à peu, d’apprendre à le faire sien, d’en devenir l’un des protagonistes clés. Jusqu’à ne plus vouloir le quitter.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°469, 24 novembre 2004)

Paper Mario : La Porte millénaire (Nintendo), sur GameCube

Erwan Higuinen

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