Every Extend Extra / Lumines II

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Depuis son départ de Sega en 2003 pour fonder le studio Q Entertainment, Tetsuya Mizuguchi a joliment persévéré dans la voie ouverte en 2001 avec Rez, shoot’em up hallucinatoire qui était aussi un cyber-hommage à Kandinsky et une mise en pratique de l’idée de synesthésie (soit, pour aller vite, d’association des modalités sensorielles : la stimulation d’un sens s’accompagne d’une perception simultanée par un autre sens non stimulé) . Sorti en même temps que la PSP, le premier Lumines était ainsi une nouvelle exploration des rapports entre l’image et la musique déguisée en puzzle game obsédant héritier de Tetris. Comme chez l’ancêtre du genre, il s’agissait d’assembler correctement des briques tombées du ciel, mais avec une composante rythmique très marquée, les disparitions des blocs ainsi constitués ne s’effectuant qu’au passage d’une ligne-métronome. Adapté depuis sur Xbox 360 (via le service de téléchargement Live Arcade) et sur PS2, Lumines revient aussi sur PSP dans une nouvelle version pensée pour attirer un plus large public avec, essentiellement, de nouveaux modes de jeu et une playlist où Gwen Stefani, New Order et Fatboy Slim côtoient les compositions électroniques originales du premier volet. Sans bouleverser la donne, ce Lumines II se révèle tout aussi fascinant que son bel aîné.

On s’y abandonnera cependant sans doute moins qu’au véritable nouveau jeu  made in Q, Every Extend Extra, relecture par Mizuguchi et son équipe d’un titre PC culte du game designer indépendant Omega. Le joueur prend ici le contrôle d’un petit vaisseau (ou, du moins, d’un curseur mobile) qu’il doit faire exploser à l’instant idoine pour détruire les vagues d’ennemis qui convergent vers le centre d’un écran bientôt dangereusement encombré, figures géométriques lumineuses et colorées ou petits insectes agités. Objectif : déclencher des réactions en chaîne qui gonfleront notre score, se sauver en s’auto-détruisant et gagner, de haute lutte ou comme en s’oubliant, le droit de poursuivre cette fugue psychédélique. D’une plastique qui lui donnerait aisément sa place dans les meilleurs festivals d’art graphique, Every Extend Extra mise une fois de plus  énormément sur un savant usage de ses effets sonores interactifs pour transmuer le théorique et l’abstrait en un système sensuel et éminemment concret. Et former comme une bulle ludique, fragile et magnifique, qui nous absorbe et nous parle.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°587, 27 février 2007)

Every Extend Extra (Q Entertainment), sur PSP et Xbox 360

Lumines II (Q Entertainment), sur PSP

Erwan Higuinen

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