La Maison sur la colline

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Robert Wise est un cinéaste parmi d’autres, un pur produit des studios hollywoodiens. Ancien monteur (de Citizen Kane et de La Splendeur des Amberson), il visite à peu près tous les genres, avec un bonheur inégal mais une bonne tenue d’ensemble, signe quelques grosses machines (dont West Side Story), d’estimables séries B et une poignée de pépites isolées. Dont ne fait pas partie cette Maison sur la colline de 1951, qui vaut pourtant d’être vue car il arrive que les films tout juste moyens s’illuminent soudain, comme touchés par la grâce, le temps d’un plan ou deux.

Le film débute dans un camp de concentration, dont on livre moins une représentation qu’un reflet, tel un miroir qui le conserverait à tout jamais, sur le visage d’une jeune Polonaise (l’Italienne Valentina Cortese). Elle comprend que l’horreur absolue brise toute continuité et commence une nouvelle vie en empruntant l’identité d’une amie qui n’a pas survécu ­ de là naît son traumatisme: du sentiment d’être vivante à la place d’une autre. C’est alors un nouveau film qui démarre, plus classique, dans une imposante maison de San Francisco, entre un enfant qui n’est pas le sien, un mari au comportement ambigu et une gouvernante glaciale. Tout cela doit beaucoup à Rebecca d’Hitchcock, mais Wise n’oublie pas qu’il a tourné ses premiers films avec le producteur Val Lewton, en suivant sans jamais le rejoindre les traces de Jacques Tourneur. Il en a retenu que le cinéma est fait d’ombres et peuplé de fantômes, que ce qu’il filme n’est que la moitié de ce que l’on y voit.

En 1963, Wise tournera La Maison du diable. Douze ans plus tôt, le diable, c’était le mari et, en dépit d’une enquête sur quelques « accidents », l’angoisse est moins rationnelle qu’épidermique. C’est un visage de femme qui se fige, un corps qui s’arrête au milieu d’un escalier, puis le monte, fébrile, soutenu, presque porté par l’homme, et qui se cogne à la rampe. Le reste est sans grande importance.

(Paru dans Libération du 9 mai 1998)

La Maison sur la colline (The House on Telegraph Hill, 1951) de Robert Wise

Erwan Higuinen

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