Thomas Was Alone

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Quand tout a commencé, Thomas était seul. Mais il a rencontré le petit Chris, puis le grand John, et tout a changé. Claire, elle, se laissait gagner par de bien morbides pensées jusqu’au jour où elle s’est rendu qu’elle n’était pas si nulle que ça. Et qui est cette mystérieuse Laura tout de rose vêtue ? Quelque chose ne serait-il pas en train de naître entre Chris et elle ?

Ceci n’est pas le résumé d’un nouveau soap télé ou du dernier film US mumblecore en transit entre Sundance et Cannes. Thomas, Chris, Laura et leurs camarades sont les personnages d’un jeu vidéo indépendant du Britannique Mike Bithell qui, lancé sur PC et Mac l’an dernier, vient de faire son apparition sur consoles (celles de Sony, en l’occurrence) où son mélange de réflexion et de plateforme se révèle très à son aise. Une précision, cependant : Thomas et les autres n’ont pas de visage. Pour être tout à fait honnête, ce ne sont même que des rectangles, rouge, vert, jaune ou bleu, dont la fascinante voix off – confiée au comédien et humoriste Danny Wallace – nous fait partager les états d’âmes. Le paradoxe étant que l’on ressent infiniment plus d’empathie pour eux que les héros à l’allure (à peu près) humaine de la plupart des blockbusters ludiques du moment.

A chacun de ces blocs (é)mouvants sa propre capacité : sauter haut, flotter sur l’eau, servir de tremplin aux copains… Pour trouver la sortie des cent niveaux de Thomas Was Alone – vingt autres sont disponibles contre 2,49 € supplémentaires –, une seule solution : les faire coopérer. C’est-à-dire, pour le joueur, passer sans relâche de l’un à l’autre en se creusant la tête jusqu’à trouver l’enchaînement d’actions qui permettra de conduire chaque membre du gang à son point d’arrivée désigné. Plus tard, les choses se compliqueront avec l’arrivée de quadrilatères sans pouvoir particulier mais qui pourront en acquérir momentanément un à condition de traverser la zone adéquate du niveau concerné.

Le plaisir et le trouble naissent du renouvellement constant de ces (gentils) casse-tête au minimalisme esthète mais, surtout, de la rencontre incroyablement féconde entre la fine narration off et les évolutions alternativement hésitantes et déterminées de nos blocs sur l’écran. La douce collision provoque comme un appel d’air au sein de cette gracieuse et mélancolique cyber-fantaisie, façon aspirateur à métaphores, à concepts, à affects. On pourrait reprocher au jeu de se boucler assez vite, mais sûrement pas de ne laisser aucune trace en nous, pauvres rectangles pâlissants, un peu perdus mais toujours désirants.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°912, 22 mai 2013)

Sur PS3, PS4, Vita, Xbox One, Wii U, PC, Mac, iOS et Android (Mike Bithell)

Erwan Higuinen

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