Muramasa : The Demon Blade

Muramasa

Surprise : le plus beau jeu vidéo du moment ne tourne pas sur une console haute définition, PS3 ou Xbox 360, mais sur Wii, pourtant de très loin la moins puissante des trois machines actuelles. Et, histoire d’aggraver son cas, il pousse le vice jusqu’à tourner le dos à la sacro-sainte 3D au profit d’un affichage en deux dimensions délicieusement suranné. Il est vrai qu’entre l’ahurissant succès de New Super Mario Bros Wii (près de 10 millions d’exemplaires vendus à ce jour) et la vogue du jeu indépendant, la 2D effectue un retour remarqué sur la scène vidéoludique, mais Muramasa demeure un cas très particulier. C’est en effet la dernière création en date des esthètes du studio japonais culte Vanillaware, fameux pour leur goût du mélange des genres et, surtout, pour l’incroyable soin qu’ils apportent systématiquement au rendu graphique de leurs jeux (Odin Sphere, GrimGrimoire).

Avec Muramasa, le premier choc est donc visuel. Sur chacun de ses écrans que l’on parcourt à grande vitesse sont comme superposés plusieurs plans animés de manière indépendante, ce qui donne à l’ensemble un air de petit théâtre de papier découpé devant lequel s’agiteraient jusqu’à s’en désarticuler d’extravagants pantins en costumes traditionnels. Car, situé dans un Japon médiéval fantastique peuplé de ninjas, d’âmes errantes éplorées et de renards changés en femmes, Muramasa est un jeu riche en apparitions frappantes autant qu’en mouvements déraisonnables, vols planés sabre au poing au cœur d’une forêt de bambous, chutes au plus profond d’une grotte mystérieuse ou bonds échevelés de toit en toit sur les traces de terribles mille-pattes géants. Le tout, cerise sur le gâteau de riz, dans une impeccable version originale sous-titrée.

Muramasa n’est cependant pas qu’un extraordinaire spectacle. C’est aussi un vrai grand jeu vidéo nullement passéiste qui se saisit des conventions du beat them all (notre héros parcourt allègrement une suite de tableaux en combattant tous les affreux qui lui barrent la route) pour les marier à des éléments issus du jeu de rôle (gestion de l’équipement, évolution du personnage…) et du jeu d’action-exploration type Metroid avec sa carte labyrinthique où les différents passages se débloquent peu à peu. Ce qui enrichit sérieusement l’expérience sans rompre la tension entre répétition et progression qui fait depuis toujours tout le sel du genre.

Pourvu d’un système de combat à la fois facile à appréhender et propice aux enchaînements les plus fous, Muramasa marie ainsi les dimensions atmosphérique (où suis-je ?), tactique (comment vais-je m’y prendre ?) et frénétique (encore !) du jeu vidéo dans un style triomphalement saccadé qui redouble l’effet produit par les « couches » de décors animés qui se chevauchent à l’écran. 2D ou 3D, qu’importe ? Muramasa est une mosaïque multidimensionnelle d’éléments mythologiques, cinématographiques et ludiques. Une vibrante célébration des puissances de l’imaginaire.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°739, 27 janvier 2010)

Muramasa : The Demon Blade (Vanillaware), sur Wii et Vita

Erwan Higuinen

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