Kawaii Killer

KawaiiKiller

Tout est bien qui finit bien. Les possesseurs d’iPhone peuvent à nouveau massacrer paisiblement les petits animaux qui, tels des diablotins trop mignons bondissant de leur boîte, apparaissent soudain devant leurs yeux dans la forêt naïve. Mais ça n’a pas été simple car, si Kawaii Killer est arrivé une première fois sur l’App Store début juillet, ce fut pour en être brutalement expulsé à peine une semaine plus tard alors même que le jeu avait reçu la bénédiction d’Apple depuis deux mois. La raison de cette éviction présentée aux développeurs du studio lyonnais Tabemasu : « Tuer d’adorables animaux n’est pas compatible avec la charte de l’App Store. » Laquelle ne semble pourtant pas incompatible avec les meurtres d’êtres humains –les GTA, par exemple, y sont accueillis à bras ouverts. Le plus absurde est qu’on trouve aussi sur la boutique d’Apple des applications dérivées de la série Happy Tree Friends dont la grande affaire est justement le génocide animalier pour rigoler – comprenne qui pourra.

Trois mois plus tard et après un lancement nettement moins mouvementé sur la boutique Google Play, Kawaii Killer est de retour sur l’App Store dans une Plushy Edition légèrement édulcorée. Le principe reste le même mais, désormais, ce ne sont pas des animaux mais des peluches à leur effigie que l’on extermine à coups de sabre, marteau-piqueur ou tronçonneuse. Moins de sang et de tripes, donc, mais une expérience de jeu préservée et qui, entre Fruit Ninja et un bon vieux Whac-A-Mole (aka le jeu de la taupe), devient vite frénétique. Les animaux apparaissent de plus en plus rapidement à l’écran. Il en existe de plus en plus d’espèces différentes, sachant que chacune doit être tuée avec un outil et, donc, un geste différent (trancher, frapper, enrouler une corde autour d’un cou et, même, chatouiller ou hypnotiser – un serpent, évidemment). Et, comme si ça ne suffisait pas, il y a des imposteurs déguisés qu’il faut à tout prix épargner. Le jeu est cérébral avant d’être tactile ou cruel. Il faut identifier la créature so cute qui surgit brusquement derrière un arbre ou un buisson, lui associer le modus operandi idoine, l’exécuter sauvagement et enchaîner avec la suivante. Si possible sans y penser – pas le temps. La logique est celle du puzzle game, de la fusion homme-machine en un système cybernétique fragile mais performant, bienvenue in the zone vous y serez si bien.

Et le gore dans tout ça ? Gentiment cartoonesque, il se révèle, dans cette version au moins, à peine trangressif. Ce que l’on fait vraiment (assommer, pendre, découper…), on l’oublie dans le feu de l’action, puis on s’en souvient, et on l’oublie à nouveau, tel un intermittent de la cruauté, un droïde à la conscience clignotante, alternativement lucide et distancié. La vérité, c’est qu’au fond, câliner ou démembrer, c’est la même chose au royaume de l’interaction burlesque. C’est un rituel, une célébration (du dispositif, de l’univers, de la kawaiierie éternelle) dont le joueur est, en attendant d’en devenir le grand prêtre (les modes « Challenges » et « Speed Run » sont là pour ça), l’officiant en formation. Il les aime tant, ces petits animaux mignons. Quoi qu’en pense la charte de l’App Store.

(Publié sur Chronicart.com le 1er octobre 2014)

Kawaii Killer (Tabemasu Games), sur iOS, Android et Windows Phone

Erwan Higuinen

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