The Legend of Zelda : Skyward Sword

Skyward

Ce sont des choses qui arrivent. Une œuvre qui a tant compté, soudain, ne nous touche plus beaucoup, et l’on se sent tout triste. La Légende de Zelda, dans l’histoire du jeu vidéo, ce n’est pas rien. En 25 ans, des mondes incroyables se sont offerts à nous, de folles idées ludiques se sont déployées, le jeu de rôle classique (à l’occidentale, donc) s’est laissé gagner par l’action directe en dialoguant avec le cinéma d’animation d’Hayao Miyazaki (le monde, regorgeant de secrets, est vivant, vibrant). Skyward Sword, le dernier volet en date de cette précieuse saga, est salué un peu partout comme l’un de ses plus emballants épisodes. Et pourtant, on ne suit plus. Que s’est-il donc passé ?

Ce nouveau Zelda, on l’a commencé deux fois. Il y eut d’abord une version « test », prêtée pour quelques jours par Nintendo. Il fallait aller vite, on n’avait pas beaucoup de temps. Et l’on s’est souvent retrouvé bloqué face à ses énigmes, on a pesté, on a jeté l’éponge. Puis vint le jeu définitif. Contre toute attente, le recommencer fut un immense plaisir, comme la deuxième écoute d’un disque âpre dont la richesse se révèlerait avec le temps. Mais, bientôt, on se cogna à nouveau aux murs de ce Zelda peu généreux. Ce n’est pas qu’il soit plus difficile que les précédents, non : il se révèle plus froid, plus sec, moins habité. C’est une (luxueuse) machine sourde à notre envie de recevoir aussi, comme avant, un peu de sentiment et de se faire une place dans son univers au lieu de seulement l’affronter.

Skyward Sword, qui transpose dans les airs la structure de l’épisode marin The Wind Waker, se révèle pourtant un modèle de level design, et ose bien des choses dès ses premiers donjons. Cela en fait déjà, et malgré tout, un jeu très au-dessus de la moyenne. Le problème est qu’il manque d’âme, de cœur, de charme. Et semble parfois perdre lui-même de vue ce qui fait le prix des Zelda, comme aveuglé par son propre génie mécanique, par son art de l’énigme architecturale, par ses systèmes qui semblent se refermer sur eux-mêmes. Dans une mission facultative, le joueur se voit confier une lettre d’amour par l’un de ses condisciples. La nuit, un spectre hante les toilettes de l’académie où ces jeunes gens apprennent à devenir des chevaliers. Le revenant demande du papier, on lui remet la lettre. On rit sur le coup. Et puis on avance dans le jeu. Et, bientôt, on ne rit plus.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°836, 7 décembre 2011)

The Legend of Zelda : Skyward Sword (Nintendo), sur Wii

Erwan Higuinen

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