Hitman : Absolution

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Cette fois, c’est officiel : vous êtes un assassin. Vous n’avez même pas de nom, juste un numéro (47), une mine patibulaire, un code-barre à l’arrière du crâne et une fonction on ne peut plus claire. Venir à bout de la proie désignée, tel est votre unique objectif dans Hitman, singulière série noire semi-ironique du studio danois IO Interactive qui s’offre un sixième épisode six ans après le précédent. Encore faut-il trouver comment s’y prendre. « C’est au joueur de choisir sa propre approche, note Teis Mikkelsen, l’un des producteur de cet Hitman : Absolution. Certains ne s’en prennent à personne d’autre que la cible et ne laissent aucune trace, mais d’autres aiment y aller en tirant sur tout ce qui bouge. C’était l’un des enjeux du développement : parvenir à créer un jeu qui rende les deux possibles. »

Chaque niveau (un hôtel, une gare, quelques rues du quartier chinois de Chicago…) est comme un écosystème savamment mis en place dont le joueur va (plus ou moins gravement) perturber le fonctionnement. Il devra observer et écouter les passants, analyser l’architecture des lieux et trouver le meilleur moyen de parvenir à ses fins. Après réflexion, va-t-il tenter d’attirer sa malheureuse victime dans un coin obscur en déclenchant l’alarme de sa voiture ? Ou empoisonner sa nourriture ? Ou foncer dans le tas comme une brute ? « Pour Hitman : Blood Money (2006), assure Mikkelsen, on continue à voir apparaître chaque mois sur YouTube des vidéos avec de nouvelles manières de tuer une cible. »

Sous les allures d’ignoble simulation de meurtre d’Hitman : Absolution se cache une expérience hautement cérébrale, fruit du mariage de deux visions a priori divergentes du jeu vidéo : le casse-tête à résoudre d’une part, l’immersion dans un monde cohérent de l’autre. Tout est né d’un léger pas de côté conceptuel vis-à-vis de la concurrence au rayon du jeu dit d’« infiltration » (Metal Gear Solid, Splinter Cell…). Au cours des fébriles parties de cache-cache d’Hitman, le but est en effet souvent moins de ne pas être vu que, plus subtilement, de ne pas être remarqué. De se fondre dans le décor grâce à notre comportement avisé et notre art du déguisement – en un éclair, nous voilà flic, cuisinier ou électricien. Car notre tueur à gages s’apparente aussi à un acteur (involontairement comique, à l’occasion), un apprenti caméléon et un anthropologue amateur en voyage d’étude au milieu de ses semblables qui vaquent à leurs (plus ou moins glorieuses) occupations quotidiennes. C’est donc officiel : vous êtes un assassin. Mais aussi beaucoup plus que ça.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°888, 5 décembre 2012)

Hitman : Absolution (IO Interactive / Square Enix), sur PS3, Xbox 360, PC et Mac

Erwan Higuinen

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