Yakuza 4

Dans le jeu vidéo contemporain, Yakuza est une exception. Alors que l’industrie se mondialise, que les éditeur japonais, de Capcom à Square Enix, lorgnent sur les marchés occidentaux, la saga gangster Sega demeure incorrigiblement nippone. On s’excuserait d’ailleurs presque de lire les sous-titres anglais (eh non, pas de VF) lorsque ses fiers bagarreurs gominés s’apostrophent entre deux bastons en costumes de créateurs. Best-sellers au pays de Takeshi Kitano, les Yakuza nous arrivent toujours en retard, un peu comme ces étoiles dont on n’est pas vraiment sûr qu’elles brillent encore lorsque leur lumière nous parvient enfin. Aux dernières nouvelles, même si la sortie de l’apocalyptique Yakuza of the End a été repoussée pour cause de catastrophe sismico-nucléaire, la série se porte néanmoins encore très bien.

Vue d’ici, elle a cela dit connu des hauts et des bas. Trouvant un équilibre idéal entre l’action musclée et le mélo sensible, son premier volet était un chef-d’œuvre. Bien qu’inégal, le suivant sauvait les apparences en nous offrant une virée à Osaka pour changer de Tokyo. Mais le troisième, tournant partiellement le dos aux affrontements virils pour miser sur la garderie assistée en bord de mer sans chercher le moins du monde à perfectionner son gameplay, nous laissa sur notre faim. S’il n’opte pas non plus pour la révolution ludique, Yakuza 4 a le mérite de se recentrer sur les fondamentaux de la saga, proposant une nouvelle plongée dans les bas-fonds de la vie nocturne japonaise tout en soignant son palpitant scénario mafioso qui gagne ici en densité.

Selon les chapitres (entrecoupés de longues séquences non interactives), le joueur se voit confier le destin de quatre personnages différents, ce qui renouvelle le rapport aux lieux visités (impasses mal famées, bars à hôtesses, pimpantes salles de jeu…). Pour le reste, bien qu’un poil plus souple ludiquement que les précédents, Yakuza 4, tient toujours de la fusion du film de truands nippons, de l’incitation à la flânerie façon Shenmue dans une ville à l’ambiance particulièrement soignée, du combat de rue frimeur à la Streets of Rage et de la patiente montée en niveaux du jeu de rôles. Et l’on continue à se perdre avec délice dans ses rues fascinantes. Mais sans pouvoir évacuer totalement le sentiment qu’avec un peu plus d’audace (de liberté, de fantaisie), il serait le plus beau jeu du monde.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°805, 4 mai 2011)

Yakuza 4 (Sega), sur PS3

Erwan Higuinen

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