Le Serpent blanc

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Le Serpent blanc est à plus d’un titre un film pionnier. En 1958, il fut le premier long métrage d’animation japonais en couleurs. Sur un plan plus anecdotique, il marqua les débuts dans la profession d’un intervalliste de 17 ans qui devait plus tard se faire connaître sous le nom de Rintaro. Mais ce fut surtout le premier long métrage animé de la Toei, studio qui, au cours des deux décennies suivantes et sous la houlette de créateurs comme Yasuo Otsuka, Hayao Miyazaki ou Isao Takahata, allait se révéler à la pointe d’une certaine idée du dessin animé.

Porté par le réalisateur Taiji Yabushita et le grand animateur Yasuji Mori, tous deux issus du studio Nichido Eiga que venait alors de racheter la Toei, Le Serpent blanc est symptomatique des ambitions de cette dernière. Adapté d’une légende de la mythologie chinoise, le film lorgne sur l’Asie et se veut porteur d’un esprit de réconciliation avec les voisins du Japon en ces temps d’après-Seconde Guerre mondiale. Mais, par son choix d’une animation détaillée autant que par la présence, aux côtés des héros, de pittoresques animaux humanisés, le film se montre en même temps tourné vers l’Occident et porté par une grande ambition : rivaliser avec les productions Disney.

Relatant l’histoire d’amour contrariée entre un homme et un serpent transformé en une belle jeune femme dans un univers fantasmagorique, Le Serpent blanc ressemble à l’élégant héritier commun du conte et de l’estampe. Et s’il pourra paraître naïf ou primitif aux yeux des spectateurs les plus blasés, nul ne saurait nier l’élan que lui procure son esprit pionnier. Avec ses animaux qui parlent, ses métamorphoses et sa manière de faire danser les visions les plus folles, le film s’apparente à une exploration inspirée de tous les possibles du cinéma d’animation. Qui s’impose, ici, comme le serviteur idéal des puissances de l’imagination.

(Paru dans Manga Impact, Editions Phaidon, 2010)

Les Serpent blanc (1958) de Taiji Yabushita et Kazuhiko Okabe

Erwan Higuinen

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