Wario Land : The Shake Dimension

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Qui n’aime pas Mario ? Sans relâche, le plombier à moustaches, working-class hero du jeu vidéo dont il est à la fois le Mickey et le Charlot, brave tous les dangers pour secourir les princesses en détresse. Un jour, pourtant, ses créateurs en ont eu assez ce personnage sans tache. Et s’il était en fait mû par le désir de s’enrichir ? Et s’il avait mauvais caractère ? Et si son haleine ne valait pas mieux, et s’il mettait ses doigts dans son nez, et s’il n’était qu’un sale gosse irrécupérable ? Ainsi naquit Wario en 1992, d’un renversement de la première lettre du nom de l’Italien bondissant et d’un jeu de mot made in Japan, le terme « warui » signifiant mauvais ou méchant au pays de Pac-Man et d’Akira Kurosawa.

Méchant, Wario ne l’a pourtant été que le temps d’un jeu, Super Mario Land 2, avant de devenir la star de sa propre saga, Wario Land, indépendante des aventures de son double au cœur d’or là où lui a surtout à cœur d’accumuler de l’or. Si, ces dernières années, la série Wario Ware, géniale déconstruction des us et coutumes du jeu vidéo, a fait sa gloire, notre anti-héros au nez bulbeux n’en demeure pas moins une petite vedette du genre plateforme, qui resurgit aujourd’hui sans rompre avec son principe fondateur : chez Wario, tout est permis.

Wario Land : The Shake Dimension est révélateur d’une réjouissante évolution des mentalités. Entre le très arty Braid, un Mega Man 9 rétrograde jusqu’à l’expérimental et l’événement Little Big Planet, il constitue une nouvelle preuve que le jeu vidéo en deux dimensions n’est plus interdit, la 3D étant désormais suffisamment établie pour qu’il apparaisse bien comme un choix artistique et non comme un renoncement technique. De fait, l’intention des auteurs de The Shake Dimension est claire : utiliser la puissance accrue des consoles pour tendre, non pas vers le réalisme, mais vers le dessin animé. Tout a ici été soigneusement créé à la main, des décors aux personnages obligeamment burlesques qui arpentent ce monde à plat, pure surface changée en grand théâtre de l’imagination vidéoludique.

Car le gameplay n’est pas oublié, et The Shake Dimension constitue sur ce plan un modèle d’accessibilité autant que de profondeur. Les joueurs-promeneurs parcourront ainsi ses niveaux sans trop souffrir et, en conséquence, sans que leurs subtiles variations sur des bases classiques ne leur demeurent insaisissables. Quant aux fanatiques du 100 %, qui ne conçoivent d’abandonner un jeu qu’après en avoir épuisé toutes les richesses (trésors, lieux cachés, défis variés…), ils auront fort à faire. Des énigmes à résoudre, des trésors à découvrir, des endroits a priori inaccessibles qui, bon sang mais c’est bien sûr, s’offrent soudain à eux. Et énormément de blocs à détruire d’un coup de tête régressif, de trucs chouettes à secouer (devant la télé, via la manette de la Wii), de créatures baroques à déranger. Dans ces conditions, franchement, qui pourrait ne pas aimer Wario ?

(Paru dans Les Inrockuptibles n°676, 11 novembre 2008)

Wario Land : The Shake Dimension (Nintendo), sur Wii

Erwan Higuinen

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