The House of the Dead : Overkill

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Ils nous en veulent. Savants dérangés, infirmières zombifiées ou clowns perturbants n’ont qu’une idée en tête : nous faire du mal. Cachés sous une table, patientant derrière une porte ou surgissant brusquement dans notre dos, ils s’avancent bientôt de leur pas lent mais déterminé, prêts à nous submerger. Que faire ? Prendre son courage à deux mains, viser les mutants qui emplissent l’écran et, un doigt sur la gâchette (ou, plus exactement, sur le bouton B d’une télécommande Wii glissée ou non dans un accessoire en forme d’arme à feu), leur montrer à tous de quel bois on se chauffe.

Overkill est le cinquième épisode de la saga reine du jeu de tir au pistolet optique, The House of the Dead, née dans les salles d’arcade en 1996. Tout premier volet développé exclusivement pour une console de salon, il confirme la renaissance du genre sur Wii après les remakes de The House of the Dead 2 et 3, l’épatant Ghost Squad ou Resident Evil : The Umbrella Chronicles et avant Dead Space : Extraction, annoncé pour la fin de l’année. Le jeu se révèle très respectueux des idées de ses prédécesseurs, héritiers communs du stand de tir sur cibles mouvantes et de l’indémodable train fantôme. Lorsque Overkill entraîne le joueur dans une salle de jeu et à travers une fête foraine, rien n’interdit d’ailleurs d’y voir un joyeux pèlerinage surs les terres de ses ancêtres.

Il est cependant un détail qui distingue ce House of the Dead des précédents : avec leurs intrigues horrifique plutôt série Z que B et leurs dialogues globalement aberrants, ces derniers prêtaient à rire sans que l’on soit vraiment sûr que leur humour était volontaire. Avec Overkill, le doute n’est plus permis : de l’intrigue alambiquée au duo de flics plaisamment grossiers, de l’omniprésente voix off sentencieuse aux titres gratinés des sept chapitres (Papa’s Palace of Pain, par exemple), le jeu s’affiche ouvertement comme un hommage amusé au cinéma d’exploitation, jusqu’à l’effet de pellicule usée ajouté à l’image. Le style graphique de sa pochette aidant, le jeu pourrait même sans mal passer pour un post-scriptum au projet Grindhouse de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez après les films Boulevard de la mort et Planète Terreur.

Si le récit et la mise en scène relèvent du pastiche, les auteurs britanniques d’Overkill n’en ont pas pour autant négligé de prendre leur jeu au sérieux. Par son utilisation subtile de l’espace et son art des ruptures de rythme, il fait même figure de sommet du genre. Vous avez pris l’habitude de viser la tête des mutants ? En voilà soudain un qui porte un casque, il faudra s’adapter. Dans un train, une prison ou d’obscurs marais, les surprises déstabilisantes ne manquent pas. Les limites du genre (où le joueur ne déplace pas lui-même son héros) et de l’univers (purement référentiel) pouvaient laisser craindre un exercice de style étriqué. L’imagination des développeurs semble au contraire n’en avoir été que davantage stimulée.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°695, 24 mars 2009)

The House of the Dead : Overkill (Headstrong Games / Sega), sur Wii, PS3 et PC

Erwan Higuinen

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