Gravity Rush

GravityRush

Disponible en Europe depuis février et au Japon depuis décembre, la PlayStation Vita peine à trouver sa place sur le marché du jeu portable entre les smartphones et la 3DS de Nintendo. La faute, sans doute, à son prix. La faute, aussi, à un catalogue ludique riche en suites et adaptations (Uncharted, WipEout, Rayman, Marvel vs Capcom, Metal Gear Solid…) mais qui manque un rien de personnalité. Son vrai grand jeu totalement neuf s’est fait attendre. Bonne nouvelle : il vient d’arriver.

Ex de Konami, Keiichiro Toyama s’est d’abord illustré dans le registre horrifique. Il fut le réalisateur du premier Silent Hill avant de donner naissance à l’audacieuse (et méconnue) série Forbiden Siren. Gravity Rush est un projet qui le travaillait depuis longtemps, depuis sa découverte de l’œuvre de Moebius. « Le jeu est basé sur une BD française que j’aimais quand j’étais jeune, a-t-il expliqué au site britannique Computer and Video Games. Je ne voulais pas me contenter d’utiliser ça mais le marier à la culture manga japonaise. (…) Pour le personnage principal, nous voulions créer une héroïne qui donne le sentiment de sortir d’une BD américaine, comme Batman, disons. »

De ce mélange d’influences découle directement le sentiment inhabituel que provoque Gravity Rush, à la fois familier et dépaysant. Mais c’est avant tout ludiquement que le jeu nous fait perdre nos repères. Avec sa jeune héroïne amnésique et solitaire, nous voilà gratifié du pouvoir d’inverser à volonté les effets de la pesanteur. De marcher sur les murs ou au plafond. D’emmener avec nous objets trouvés et personnages innocents. Et de nous poser en des lieux qui semblaient inaccessibles.

La gravité est une force qu’il nous faut dompter, ce dont le jeu ne fait pas un gimmick mais une règle de vie. Son monde est ouvert, sa cité n’a rien à envier à celles de Crackdown et d’inFamous. Les possibilités sont immenses mais ne débouchent pas sur une impression de toute-puissance. Le temps est à la libération provisoire, le jeu exalte l’élan fragile en encourageant l’improvisation audacieuse. Au détour d’une rue, on croise des fantômes qui s’étonnent qu’on ait conscience de leur présence. Ce n’est qu’un détail, mais qui en dit long – ne serait-on pas un peu des leurs ? Gravity Rush est un voyage élégant et saccadé, qui ne ressemble à aucun autre.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°867, 11 juillet 2012)

Gravity Rush  (Sony), sur Vita et PS4

 

Erwan Higuinen

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *