Dororo

Dororo

Petit voleur orphelin au visage rond qui se révélera plus tard une jeune fille, Dororo n’est pas le véritable héros du manga et de la série qui portent son nom. Ce rôle revient en réalité à son compagnon de voyage au cœur du Japon féodal, Hyakkimaru. A la suite du pacte conclu par son père, avide de pouvoir, avec 48 démons, ce dernier est venu au monde sans bras, ni jambe, ni œil, ni bouche… Devenu un être hybride pourvu de multiples prothèses, il recherche désormais les démons en question pour leur reprendre les parties manquantes de son corps.

Après le succès des versions télévisées d’Astro, du Roi Léo ou de Princesse Saphir, c’est un manga bien plus sombre qu’Osamu Tezuka décide en 1968 d’adapter pour le petit écran. Si un pilote en couleurs est d’abord réalisé, c’est une série de 26 épisodes en noir et blanc que découvre l’année suivante le public japonais. Non contente de proposer une animation et un dessin (des paysages, des monstres…) plus détaillés que les premiers essais télévisés de Tezuka, Dororo se distingue par son extrême violence. Les populations de villages entiers sont décimées. Les têtes tombent, le sang gicle, les lames s’enfoncent dans les chairs pendant que des voix démoniaques s’insinuent dans la bande son.

Amorce d’un virage adulte dans l’œuvre animée de Tezuka et fiction mélancolique dans la tradition mêlée des films de samouraï et des histoires de fantômes japonais, Dororo est cependant imprégné d’une dualité que son générique de fin semble exposer. Hyakkimaru y marche d’un pas si déterminé qu’il en paraît mécanique, tout à sa quête, la tête ailleurs, pendant que, derrière lui, Dororo sautille joyeusement avec son chiot. Au courage désespéré du héros tragique répond son élan naïf, sa joie de vivre malgré tout. Comme une lueur d’humanité résistante dans la nuit si noire de Dororo.

(Paru dans Manga Impact, Editions Phaidon, 2010)

Erwan Higuinen

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