MadWorld

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Il y a quelques semaines, on accueillait avec ravissement Flower, où le joueur était invité à faire voler de délicats pétales de fleurs pour rendre au monde ses couleurs. Les plaisirs qu’offre MadWorld sont d’un genre sensiblement différent. Il y est possible – et même fortement conseillé – de découper ses petits camarades à la tronçonneuse. D’en saisir un pour le balancer sous un train. D’en immobiliser un autre avec un pneu avant de lui planter un panneau de signalisation dans le crâne. Et une partie de fléchettes humaines, ça vous dit ? On l’aura compris, cet héritier new look de l’ancestral genre beat them all (Final Fight, Streets of Rage…) n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Ne pas en conclure, cependant, que le premier titre du studio japonais Platinum Games, fondé par les audacieux créateurs de Viewtiful Joe, Okami et God Hand, ne serait qu’un voyage complaisant au pays de l’ultra-violence. Le monde sans pitié dans lequel le joueur se trouve plongé est en effet bien plus riche et étrange que cela. MadWorld, c’est d’abord un style graphique atypique. Influencé par les comics américains, Sin City en tête, le jeu déploie son action dans un noir et blanc contrasté que viennent bientôt tapisser des flots de sang du rouge le plus éclatant. Outrageusement stylisé, MadWorld témoigne ainsi d’ambitions plastiques étrangères résolument à contre-courant de la course au réalisme. Le sens que prend son déchaînement de violence s’en trouve logiquement modifié.

« On se doutait que MadWorld aurait droit à son lot de commentaires négatifs, assure Shigenori Nishikawa, le réalisateur du jeu. On n’a aucun mal à le comprendre et on n’est pas vraiment en mesure de lutter contre ceux qui expriment ce genre d’opinions. Mais la violence n’est pas en elle-même l’intérêt essentiel de MadWorld. Notre intention est plutôt de faire partager l’humour qui imprègne ces mouvements et cette action totalement exagérés. Il nous reste maintenant à le faire comprendre au public. » D’autant que si, précise Nishigawa, le projet est d’abord né du désir d’offrir un titre « hardcore » à une ludothèque Wii dans l’ensemble plutôt bon enfant, MadWorld se veut facile d’accès (« Un bon jeu vidéo, estime-t-il, c’est un jeu simple auquel on a envie de revenir, encore et encore. »)

Au fond, les assassinats et mutilations variées de MadWorld sont moins grisants ou dérangeants que joyeusement grotesques, très Tex Avery dans l’esprit. Le jeu a aussi pour lui de brasser quelques thèmes éminemment contemporains en se déguisant en compétition télévisée (avec commentateurs bas du front) dans un monde livré aux caméras de surveillance. MadWorld n’est assurément pas dépourvu de défauts – son action est répétitive et pas toujours très lisible. Mais, baroque et carnavalesque, il ouvre un ahurissant espace de transgression festive. Et, dans le jeu vidéo actuel, il ne ressemble à personne.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°700, 28 avril 2009)

MadWorld (Platinum Games / Sega), sur Wii

Erwan Higuinen

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