Saints Row : The Third

SR3

A l’origine, Saints Row n’était qu’une imitation de GTA parmi d’autres, un jeu qui reprenait la formule (activités criminelles dans un monde ouvert) du tube de Rockstar Games sans l’égaler. Et puis, avec son épisode 4, GTA est devenu sérieux. On ne l’en a aimé que davantage : l’aventure était plus riche, plus humaine. Au lieu de suivre leur modèle, les créateurs de Saints Row ont saisi l’occasion de se distinguer : leurs jeux allaient faire fructifier le côté sale gosse des anciens GTA. Place à l’anarchie pop, au grand n’importe quoi cathartique. Leur studio, Volition, est installé dans la ville de Champaign, Illinois. Et ça lui va bien : ce troisième Saints Row pétille furieusement.

Les premières missions, directives et spectaculaires (bravo pour la fusillade aérienne alors que l’on vient de sauter d’un avion), pourraient créer le malentendu. Le but, visiblement, est d’accrocher le joueur, mais après, c’est lui qui prendra la main. Et partira à la conquête d’une ville avec son gang, les Saints, étrangement devenu très populaire – c’est désormais une marque mondialement connue, avec ses contrats ciné, ses produits dérivés. La descente est cruelle : l’action se révèle ensuite convenue. Assassinats, vols de voiture, escorte de personnages importants : rien de bien neuf pour qui a fréquenté le genre ces dernières années. Mais l’essentiel est ailleurs : justement, dans le retour sur terre ou, plus précisément, au coin de la rue. Tout se passe bien ? Qu’à cela ne tienne ! On arrive, ça ne va pas durer.

Le vrai but est de créer du désordre. Au volant d’une voiture ou d’un tank (certaines missions nous demandent simplement de faire le maximum de dégâts – évalués en dollars), seul dans les rues en sous-vêtements (ou sans, à chacun de voir), je suis le nihilisme incarné. Et si le gameplay n’est pas sans faille, cela ne devient par pour autant un défaut : le plaisir naît de la possibilité de surfer sur ses vagues incertaines, de flirter constamment avec le désastre – causé ? subi ? qu’importe !

Saints Row : The Third n’est pas un jeu élégant, bien fini, bien peigné. C’est un brûlot joyeusement mercantile, un truc potentiellement haïssable et, pourtant, du coup, précieux. C’est du gangsta rap (pour de vrai ? pour de faux ?) en jeu vidéo, il se moque peut-être de nous, cynique, sale jeu. Mais rira bien qui rira le dernier. Aux dernières nouvelles, on rit toujours.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°840, 4 janvier 2012)

Saints Row : The Third (Volition / THQ), sur PS3, Xbox 360 et PC

Erwan Higuinen

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