Les Deux Anglaises et le Continent

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En 1971, c’est au sortir d’une dépression nerveuse que Truffaut décide d’adapter Les Deux Anglaises et le Continent, roman d’Henri-Pierre Roché (l’auteur de Jules et Jim) qui l’a accompagné pendant cette période difficile. Le film qu’il en tire se révèle on ne peut plus éloigné des adaptations « qualité française » qu’il fustigeait dans les années 50 comme critique aux Cahiers du cinéma et dans l’hebdomadaire Arts, contrairement à l’idée très répandue selon laquelle Truffaut aurait fini par faire le cinéma qu’il dénonçait dans sa jeunesse.

Car il ne cherche ici ni à livrer un équivalent visuel du roman (le risque de l’illustration) ni à s’emparer du sujet en feignant d’oublier son origine littéraire, mais bien à donner chair aux mots de Roché. Le film s’ouvre d’ailleurs sur des plans du livre annoté de la main même de Truffaut, signe d’un travail sur la matière du texte, presque d’une lutte pour aboutir à ce film violemment romanesque accompagné tout du long par sa voix de narrateur-passeur.

Cette voix off, présence du texte et de ses deux auteurs (le cinéaste et, à travers lui, l’écrivain), est aussi ce qui relie les scènes du film conçu comme succession de blocs de temps immanquablement conclus en fermeture à l’iris sur un visage ou un regard perdu. Ainsi, dans Les Deux Anglaises et le Continent, c’est l’écrit comme présence de l’absent(e) ­ les lettres ou le journal intime « récités » face à la caméra ­ qui établit un lien entre des personnages séparés, aux pays et aux désirs distants. Mais le film est aussi très physique, peuplé de corps malades, fiévreux, blessés, des yeux fatigués de Muriel aux béquilles sur lesquelles s’appuie Claude après une chute et jusqu’à la tache de sang sur les draps après leur unique rapport sexuel qui marque aussi la fin de leur histoire. Cette souffrance paraît contaminer la forme même de ce film âpre et tragique, l’un de ceux auxquels Truffaut tenait le plus et l’un de ceux qui nous rappellent le mieux pourquoi on tient tant à son œuvre.

(Paru dans Libération du 2 juillet 1997)

Les Deux Anglaises et le Continent (1978) de François Truffaut

Erwan Higuinen

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