Electroplankton

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Attention, ceci n’est pas un jeu. Ou, du moins, pas comme on l’entend d’ordinaire. Electroplankton n’est d’ailleurs pas l’œuvre d’un game designer mais de l’artiste japonais Toshio Iwai, qui explore depuis longtemps les liens entre l’image et le son. Objet hybride, Electroplankton est un aboutissement de sa démarche artistico-ludique, le fruit improbable de la rencontre de l’art contemporain et du jeu vidéo.

Concrètement, le joueur se voit offrir dix niveaux/installations coloré(e)s, à la thématique aquatique et à l’esthétique minimaliste. Sur l’écran (tactile) du bas de la console portable, une vue générale. Sur celui du haut, un gros plan des créatures enjouées peuplant ces lieux marins. Dans l’un des «  jeux  », il s’agit de tracer sur l’écran des lignes que suivront ces petits «  planktons  » en produisant une musique qui dépendra de leurs trajectoires. Dans un autre, il faut faire tourner des cercles qui se colorent alors en émettant des sons. Ailleurs, le joueur déplace les feuilles d’une plante pour y faire rebondir des bestioles miniatures, ou chante dans le micro de la console pour que les poissons qui défilent à l’écran répètent ses mots en rythme, ou fait éclore des particules microscopiques qui grossiront pour former un soleil ou une lune et finiront par éclater…

Pour qui s’attend à un jeu «  classique  », avec un début, des épreuves à surmonter et une fin, il y a de quoi se sentir perplexe. Pourtant, les logiques vidéoludiques ne sont pas étrangères à Electroplankton. Tout se passe en effet comme si les créatures improbables habitant ses niveaux étaient douées d’une certaine autonomie. Electroplankton n’est pas une collection d’instruments de musique mais bien de systèmes autonomes, riches en secrets, dont le joueur s’attache à comprendre les règles de fonctionnement afin d’interagir avec eux d’une manière satisfaisante. Celui qui voudrait «  composer  » des morceaux sera d’ailleurs déçu  : dans la pratique d’Electroplankton subsiste toujours une large part de hasard, et il est impossible d’enregistrer les musiques produites pour les (faire) écouter plus tard. L’installation d’art contemporain et le jeu vidéo se rejoignent ainsi sur une idée de la performance comme événement unique, comme pur présent, exceptionnel et non reproductible.

A chacun de choisir sa manière de jouer  : en expérimentateur appliqué, avide de dompter le système, ou en dilettante ravi des harmonies aléatoires qu’il provoque. Surtout, ne pas s’arrêter à l’éventuelle déception initiale  : Electroplankton est bien plus riche qu’il n’y paraît. Ne pas redouter non plus d’investir dans sa version japonaise  : une sortie européenne paraît improbable, les (rares) menus du jeu sont aussi en anglais et le mode d’emploi (en japonais) regorge de dessins explicites. La langue est d’autant moins une barrière que c’est une œuvre qui s’apprivoise en s’y plongeant, guidé par le chant et les scintillements hypnotiques de ses poissons électroniques.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°509, 31 août 2005)

Electroplankton (Toshio Iwai / Nintendo), sur DS

Erwan Higuinen

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