City of Hope

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Au départ romancier, John Sayles intègre les studios New World de Roger Corman à la fin des années 70 comme scénariste (notamment pour Joe Dante) et, rapidement, comme metteur en scène. Riche de neuf films (dont cinq demeurent à ce jour scandaleusement inédits en France), son œuvre a depuis fait de lui une figure majeure du cinéma indépendant américain.

Tourné en 1991, City of Hope dessine le portrait d’une ville, de ses habitants et de ses communautés, quelque part entre un Ken Loach yankee (dans la façon de filmer ce qu’il faut bien appeler des classes sociales) et un Robert Altman qui serait subitement devenu humaniste (pour la galerie de personnages). Si le cœur de John Sayles penche clairement à gauche et si son point de vue sur l’histoire qu’il raconte est facile à deviner, il évite pourtant le piège du film à thèse manichéen pour donner une chance à tous ses personnages (à quelques politiciens sans scrupules près), refusant de les accabler et d’imaginer qu’il soit possible d’être une parfaite ordure 24 heures sur 24.

Constamment, les personnages se croisent, se cognent ou se rencontrent tandis que de mini-intrigues naissent avant de se rejoindre. Sayles leur donne la place, c’est-à-dire surtout le temps d’exister, dépassant en cela largement ce que le procédé peut au départ avoir d’artificiel. De cette façon de reproduire une certaine réalité urbaine américaine, une interrogation affleure, celle de ce qui lie l’individu au groupe et, du même coup, de ce qui permet de s’en dégager. Plusieurs personnages sont ainsi tiraillés entre deux mondes, du fils d’un promoteur immobilier devenu junkie occasionnellement délinquant à l’élu noir minoritaire aussi bien dans sa communauté qu’au conseil municipal, en passant par le repris de justice reconverti veilleur de nuit avec uniforme et pistolet de chez Toys R Us. Cette question du lien (entre individus et communautés), non pas théorique mais réellement incarnée par des acteurs tous impeccables, fait tout le prix de ce film social, donc éminemment politique.

(Paru dans Libération du 21 mai 1997)

City of Hope (1991) de John Sayles

Erwan Higuinen

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