Super Smash Bros Brawl

Smash

Depuis son premier volet paru en 1999, Super Smash Bros s’est imposée comme la série reine du jeu de combat sur les consoles Nintendo. Au box-office, elle tient même du phénomène : Super Smash Bros Melee (2001) fut, devant Mario et Zelda, le plus vendu des jeux GameCube et son successeur s’est déjà installé dans le peloton de tête des titres Wii avec plus de 6,5 millions d’exemplaires écoulés. Pour concevoir ce dernier, Nintendo n’a d’ailleurs pas hésité à rappeler Masahiro Sakurai, le père des Smash Bros, démissionnaire en 2003 et auteur entre-temps de l’épatant Meteos. Le succès ne trouve cependant que partiellement son origine dans une mise en œuvre audacieuse des principes d’un genre, car Super Smash Bros est d’abord une déclaration d’amour à la culture vidéoludique.

De fait, côté combat, ses partis pris ont de quoi heurter les puristes. Loin des subtilités d’un Virtua Fighter, le jeu s’appuie sur un nombre restreint de coups et marteler les touches de la manette au hasard y est une stratégie presque envisageable pour venir à bout de ses adversaires. Ces derniers sont au nombre de trois, que l’on tentera de propulser hors de pittoresques arènes où l’action flirte en permanence avec la confusion. Calibré pour les parties à plusieurs où, comme dans Mario Kart, le débutant a toujours une petite chance de triompher des concurrents plus aguerris, Smash Bros gagne par ailleurs avec cette version Brawl un mode online bienvenu. Au-delà de cette louable volonté d’accessibilité, le jeu se distingue par les personnages qu’il nous propose de diriger. Mario, Wario, Link, Donkey Kong, Kirby, Pikachu, Samus Aran… : tous les héros ou presque des tubes Nintendo sont là. Et deux invités de marque les ont rejoints pour l’occasion (avant d’autres dans une prochaine version ?), l’ami Sonic de chez Sega et Solid Snake, superstar de la saga Konami Metal Gear Solid, histoire d’afficher une ludophilie débordant du portfolio d’un seul éditeur.

Car l’affaire ne se résume à une valse de personnages que rien n’aurait dû rassembler. La pratique de Brawl s’apparente en effet à un long et beau voyage au cœur d’un certain patrimoine vidéoludique, voire aux rêveries d’un joueur dont l’esprit ferait s’entrechoquer une multitude de figures, décors, mélodies et éléments de gameplay restés gravés dans sa mémoire. Ici se marient Zelda et Pikmin, Kid Icarus et Nintendogs, Starfox et les premiers jeux électroniques Game & Watch. D’une richesse inouïe, Brawl incite, entre deux bastons classiques, à enrichir et admirer sa collection de « trophées  » à l’effigie des héros Nintendo, à réécouter ad libitum plusieurs dizaines de musiques de jeux ou à s’essayer à de brefs extraits de quelques titres mythiques. La simplicité des phases de combat prend alors tout son sens : ce ne sont que les fondations, le plus petit dénominateur commun du medium vidéoludique. Dont Super Smash Bros Brawl est le plus scintillant des musées interactifs.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°665, 26 août 2008)

Super Smash Bros Brawl (Nintendo), sur Wii

Erwan Higuinen

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