L’Amour en fuite

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C’est en 1978, après l’échec commercial de La Chambre verte, l’un de ses films les plus personnels (et l’un des plus sombrement poignants), que Truffaut décide, pour se « refaire », d’apporter un cinquième et dernier épisode à sa série sur le personnage d’Antoine Doinel. Après Les Quatre cents coups (1959), Antoine et Colette (dans L’Amour à vingt ans, film à sketches de 1962), Baisers volés (1968) et Domicile conjugal (1970), ce sera L’Amour en fuite. Truffaut convoque donc Jean-Pierre Léaud, Claude Jade, Marie-France Pisier et quelques nouveaux venus, à commencer par la surprenante Dorothée, à l’époque animatrice de l’émission Récré A2.

Vite tourné, L’Amour en fuite se révèle d’un montage beaucoup plus long et délicat, car il intègre des extraits des autres films de la série. Et c’est justement là que le film devient unique : une rencontre (celle de Colette/Marie-France Pisier), un objet (de simples lunettes) ou la lecture du roman écrit par Doinel depuis Domicile conjugal font revenir ces images d’un passé qui est à la fois celui de Doinel, celui de Truffaut comme cinéaste et celui du spectateur des films précédents. D’où un effet franchement émouvant par le lien qu’établit le procédé entre la mémoire cinématographique et l’œuvre en train de se faire.

L’Amour en fuite se nourrit ainsi de la matière des films antérieurs, les rappelle à lui pour finalement les contenir tous, prenant du même coup la forme d’un bilan pour Doinel/Léaud, au moment où ses aventures sont censées atteindre un point final : en fait, L’Amour en fuite, comme Domicile conjugal et Baisers volés, n’exprime aucun achèvement, tout au plus se boucle une partie de la vie de Doinel. D’autant que, si le film est entièrement bâti sur le souvenir, il n’est pas pour autant tourné vers le passé. Chaque extrait des films précédents devient un élément moteur de la mise en scène, influant directement sur la progression au présent de ce très beau film en forme de temps retrouvé.

(Paru dans Libération du 28 juin 1997)

L’Amour en fuite (1978) de François Truffaut

Erwan Higuinen

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