Conte d’été

Conte d'été

Troisième volet de la série des Contes des quatre saisons (après les épisodes printanier et hivernal), Conte d’été se présente d’emblée comme une sorte de « Gaspard et les filles » à la plage (en l’occurrence à Dinard) à la façon d’Eric Rohmer. Soit une manière de roman-photo intelligent, l’histoire des amours hésitantes de post-ados en vacance(s). « Il ne se passe rien, ce sont des gens qui se baladent et parlent au bord de la mer », résumait Rohmer à la sortie de Conte d’été dans les Cahiers du Cinéma.

Pas de narrateur dans ce film ligne claire (ce qui, comme pour la BD du même type, n’exclut pas les raccords audacieux) mais un personnage au centre, du récit comme des plans, où il est successivement rejoint par chacune des trois filles: la belle et sérieuse Lena (en réalité plutôt volage), l’allumeuse de night-club Solène (pourtant la plus susceptible de s’engager) et la bonne copine Margot (qui n’est bien sûr pas que ça), cette dernière interprétée par l’impeccable Amanda Langlet, ex-Pauline de retour à la plage.

Au centre, donc, Gaspard (Melvil Poupaud, très classe), tout de passivité bavarde (en bon égotiste timide) et d’indécision chronique, qui, face aux trois filles, change constamment d’avis, sauf qu’il n’a pas d’avis, car pas de désir. Et c’est justement en cela qu’il se distingue de la plupart des personnages de Rohmer, qui sont généralement à la recherche de quelque chose, quitte à s’apercevoir, au bout du chemin et le hasard aidant, qu’il y avait erreur sur le désir ou les moyens de le satisfaire.

Rien de tel dans Conte d’été : Gaspard reste en position d’attente, ne s’avance qu’avec circonspection, toujours un peu forcé et prêt à se dérober, pour, finalement, mis au pied du mur, c’est-à-dire dans l’obligation de choisir, décider de prendre la fuite, donc de s’extraire définitivement d’une situation et d’un rôle (de séducteur) qu’il n’avait jamais voulus. Rohmer offre alors à son film une fin joliment ouverte bien que prenant la forme d’un départ : l’histoire s’achève mais la vie continue.

(Paru dans Libération du 28 juin 1997)

Conte d’été (1996) d’Eric Rohmer

Erwan Higuinen

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