Persona 4 Golden

Persona4

Il ne faut jamais désespérer du jeu de rôle japonais. Son âge d’or est selon toute vraisemblance derrière lui et, entre les influences occidentales, les fantasmes cinématographiques de certains créateurs et le classicisme obstiné de quelques autres, le genre semble en quête d’identité mais cela ne l’empêche pas de donner régulièrement naissance à des jeux d’exception. Après l’inégal mais enchanteur Ni No Kuni il y a quelques semaines, place à Persona 4 Golden, remake amélioré (mais strictement anglophone) et à l’emballage manga étincelant d’un RPG (role playing game) paru sur PlayStation 2 en 2009 et qui se distingue d’abord par son univers.

Ce que celui-ci a de particulier, c’est paradoxalement son apparente banalité. Une rue avec ses commerces et ses passants, la cafétéria d’un grand magasin, un intérieur typiquement japonais, une salle de classe : voilà où nous invite Persona 4 dont, loin des autoroutes SF ou fantasy, le récit teen déviant prend place dans notre monde. Ou, du moins, dans une version un rien chamboulée de celui-ci puisque quelques ados y partent à intervalles réguliers explorer une réalité parallèle à laquelle ils accèdent en traversant les écrans de télévision dans le but de libérer d’autres personnages qui, bizarrement, y sont coincés. En cas d’échec, ces derniers viendront allonger la liste des victimes de la série de meurtres qui affole la petite ville d’Inaba.

Au fil des journées dont l’enchaînement rythme le jeu (et fait qu’il se prête à merveille aux parties brèves mais fréquentes), deux types de séquences alternent. Dans les premières, d’une justesse souvent touchante, notre alter ego vit sa vie de lycéen, va en cours, discute avec ses amis, etc. L’interactivité est relativement limitée (mais savamment maîtrisée) avec, pour l’essentiel, des dialogues en forme de QCM dont l’issue influera sur les relations avec nos camarades (lesquelles constituent un enjeu essentiel).

L’autre face de Persona 4, c’est la visite du monde situé derrière l’écran qui, avec ses combats, se substitue aux traditionnels « donjons » des RPG. Entre les deux, c’est une affaire de correspondances assez subtiles, façon jeux de masques, reflets dans un miroir déformant ou métaphores prises au pied de la lettre. Que nos héros soient adolescents, qu’ils empruntent des « personnalités » (les personas du titre, à développer ou faire fusionner) et qu’il soit question d’une pièce entièrement décorée de velours bleu (David Lynch, es-tu là ?) n’est pas innocent. On se cherche, on se jauge, on se découvre, on s’étonne soi-même. Et on n’en revient pas.

(Paru dans Les Inrockuptibles n°902, 13 mars 2013)

Persona 4 Golden (Atlus), sur PS Vita

Erwan Higuinen

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