Boston Public

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Moins populaire qu’Ally McBeal, moins prestigieuse que The Practice, Boston Public  ressemble pourtant à un aboutissement de la méthode David E. Kelley. A première vue, pourtant, rien d’extraordinaire : la série prend place dans une institution (après le commissariat, le tribunal et l’hôpital, voici le lycée), réunit un groupe de personnages au travail (les profs et le personnel administratif, voire les élèves) et fait de ce microcosme choisi à la fois un reflet de la société et un petit théâtre dont le rideau se lève sans faute une fois par semaine. Mais si Boston Public va plus loin que toutes les autres séries de Kelley, c’est sans doute parce que celui-ci y trouve son sujet ou, plutôt, son motif d’interrogation idéal : l’éducation, ou comment dissocier apprentissage et normalisation.

De la même façon que, dans Urgences, les patients ne sont pas les seuls « malades », l’éducation est, dans Boston Public, au moins autant celle des profs que des élèves. Car, d’abord, chacun se pose ici avec sa dose d’étrangeté potentiellement critique : un professeur octogénaire gâteux et raciste au physique de Muppet géant, un idéaliste prêt à offrir des gants de boxe à ses élèves bagarreurs ou à sortir un pistolet en plein cours pour attirer leur attention, une femme portant crochet après l’auto-amputation de sa main alors qu’enfermée par son fils dans sa cave, elle tentait de se libérer… Mais ces freaks dont l’union ne va pas de soi sont aussi d’inusables débatteurs : chaque épisode compte son lot de confrontations d’idées sur des questions éthiques, politiques ou de comportements. Avec une frontalité louable, une précision toujours à la limite de la grisaille, Boston Public se change sans cesse en tribune pour orateurs déviants, en agora peuplée de monstres américains qui ne parlent d’ailleurs que de l’Amérique. Pendant ce temps se joue en sourdine une partition inattendue. Le temps passe, les élèves aussi (d’une saison à l’autre) et une angoisse devient palpable : celle d’arrêter d’apprendre et de finir seul face à sa bizarrerie.

(Paru dans Les Cahiers du cinéma n°581, juillet-août 2003)

Erwan Higuinen

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