Sydney Bristow (Alias)

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Un beau jour de l’hiver 2002, ce fut une apparition. Bientôt suivie d’une autre, puis d’une autre, et d’encore une autre. Arborant une perruque rouge ou blond platine, en robe de soirée, jeans-tee-shirt ou en sous-vêtements, étudiante sérieuse ou experte en coups de pied bien placés, ainsi était Sydney Bristow, visage Renaissance et corps d’athlète sculpté, kaléidoscope féminin, figure à l’identité clignotante, follement instable et pourtant unique repère à jamais fiable, femme-série par excellence et centre de gravité paradoxal de cette vertigineuse foire aux secrets qu’était Alias. Agent double ou triple jusqu’à s’y perdre elle-même, Sydney était le soleil en fusion permanente, l’étoile (à tous points de vue : la star) autour de laquelle évoluait toute une théorie de personnages aux rôles changeants. Patron, ami, rival, ennemi. Et surtout : père, mère, tante, demi-sœur, époux, bientôt enfants.

Alternativement tordu, contrarié, redoublé, répété et replié sur lui-même (mais aussi, parfois, étalé dans son aveuglante clarté), le vieux scénario de la petite fille qui devient grande était bien sûr le moteur de ce petit théâtre freudien de marionnettes stylées, de ce blockbuster d’action reconfiguré pour le petit écran du salon (donc, logiquement, revu sous un angle familial, voire domestique). Et pourtant, quelque chose résistait toujours : la vérité du geste déguisé, l’incroyable puissance des apparences. La girl next door est une Mata Hari, une Irma Vep, une Catwoman. Dans son sourire, un précipice.

(Paru dans Les Inrockuptibles, hors-série « Oh séries chéries ! », septembre 2011)

Alias (2001-2006), série créée par J.J. Abrams

Erwan Higuinen

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