Les hommes préfèrent les blondes

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Après Niagara et La Rivière sans retour, Ciné Cinéma poursuit son joli — bien qu’un peu convenu — cycle Marilyn avec Les hommes préfèrent les blondes, curieuse (et tardive) incursion du grand Howard Hawks dans l’univers de la comédie musicale. Ce qu’il y a de plus étonnant dans ce film, c’est que Hawks semble chercher, en forçant un peu, à adapter ses récits de camaraderie virile à des personnages féminins, qui sont confié à Marilyn et Jane Russel. L’une, modèle de toutes les material girls, aime les hommes riches ; l’autre les préfère séduisants. Ni réellement rivales ni parfaitement alliées, s’entraidant en s’envoyant des piques, ces deux filles absolument fabuleuses pourchassent les hommes tandis que la croisière s’amuse entre New York et Cherbourg.

Mais l’inversion des rôles n’est pas totale et, comme dans les comédies de Hawks, ce sont encore les hommes qui ont peur et se rendent ridicules, alors que les femmes savent exactement ce qu’elles veulent. A ceci près que ces deux filles sont bizarres, exagérant leur féminité comme si celle-ci devait être constamment affichée, incontestablement prouvée. Ce qui, des larges épaules de Jane Russel aux poses caricaturales de Marilyn, donne parfois l’impression d’assister au show de deux drag-queens lachées au milieu de mâles désirables, un peu comme si le Cary Grant travesti d’I was a Male War Bride (1949) avait réussi à se faire à son rôle jusqu’à l’adopter définitivement.

Cette paradoxale ambiguïté sexuelle — qui permet toutes les relectures camp — n’a pourtant rien d’illogique car Les hommes préfèrent les blondes est un film étrangement fragile, un peu mal à l’aise, qui frôle aussi bien l’excès (de couleurs, de rebondissements) que le dérisoire, qui rejoue de vieilles séquences de musicals tout en préparant le terrain pour la télé (des séries aux variétés à paillettes). Un film où rien n’est acquis, un film qui tient à peine — et c’est justement ce qui est beau.

(Paru dans Libération du 14 juillet 1998)

Les hommes préfèrent les blondes (Gentlemen Prefer Blondes, 1953) de Howard Hawks

Erwan Higuinen

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