Trust Me

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Après Flirt (1995) sur Canal Plus et Amateur (1994) lundi dernier sur Arte, c’est au tour de Trust Me (1991) de bénéficier d’une diffusion télé, cette fois sur Paris Première. Le téléspectateur cinéphile aura ainsi pu se faire en quelques semaines un mini-cycle Hal Hartley, heureux de voir pour une fois les chaînes cesser de se refiler les mêmes films en douce pour proposer enfin une programmation complémentaire.

 

Tourné deux ans après The Unbelievable Truth dont il est un quasi remake, Trust Me est le film avec lequel on a découvert Hal Hartley et son cinéma sous influence godardienne. Chacun de ses films enprunte quelque chose à JLG : un jeu sur la forme, sur le langage, quelques thèmes dont il livre sa vision personnelle (les livres ; le travail et le commerce ; avoir un enfant) ou des scènes citées directement. Tel film de Hartley se rapproche de Bande à part ou de Nouvelle Vague, tel autre de Détective ou de Sauve qui peut (la vie), à quoi viennent s’ajouter des emprunts à d’autres, dont Jacques Tati.

 

Mais le cinéma charmant de Hal Hartley n’est pas écrasé par ces références, qu’il affiche ouvertement quitte à lancer le spectateur sur de fausses pistes. Ses films visitent avec constance le même petit monde de banlieues américaines moyennes, de familles ouvrières désunies, de trentenaires désaxés et de lolitas en quête de savoir (comme Hartley au même âge). Avec toujours la même troupe d’acteurs qui, d’un film l’autre, passent indifféremment du premier rôle à l’arrière plan, ces Martin Donovan, Adrienne Shelly, Bill Sage ou Matt Maloy dont il saisit la gestuelle avec précision car, s’il y a une vérité, elle est dans le mouvement des corps.

 

Mais chez Hal Hartley, l’équilibre est précaire et on se retrouve souvent au sol. Et c’est dans Trust Me que la question qui traverse tous ses films est exprimée de la façon la plus littérale: lorsque viendra la chute, y aura-t-il quelqu’un à qui l’on puisse faire confiance pour nous rattraper ?

 

(Paru dans Libération du 25 octobre 1997)

Trust Me (Etats-Unis, 1990) de Hal Hartley.

Erwan Higuinen

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