No Such Thing

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Découvert il y a dix ans avec quelques films élégamment stylisés mais d’une sentimentalité abrupte, Hal Hartley semble à présent tout faire pour ne plus être vu comme le cinéaste indépendant plus qu’aimable qu’il fut – et ça marche : plus grand monde ne l’aime. Depuis Henry Fool, il travaille à introduire de la monstruosité dans son univers. Cette fois, l’assaut est littéral : il va chercher un monstre en Islande et le fait venir à New York. Un monstre de théâtre, qui déclame sous son masque et se désole de devoir tuer sans cesse. C’est un King Kong doué de parole, une Bête que viendra peut-être sauver sa Belle (la diaphane Sarah Polley). Laquelle figure une innocence en trompe-l’œil. Si elle est globalement vierge, ce n’est que par manque d’occasions. Tout juste célèbre, elle sautera d’ailleurs dans le lit du premier clone de Brad Pitt rencontré, laissant le monstre vider seul le mini-bar de sa suite luxueuse.

 

C’est bien un film de Hal Hartley, qui n’a pas perdu son goût des raccourcis et sa capacité à faire danser une situation en quelques plans choisis, mais il tangue sur ses bases, comme contaminé par une série Z fièrement foireuse. Toujours, le cinéaste opte pour l’excès soudain, jusqu’à la dissonance, la désynchronisation (entre l’apparence du monstre et son discours, entre les lieux et les scènes qui s’y déroulent). No Such Thing semble abriter une satire des médias, mais n’y raille-t-on pas plutôt les critiques automatiques que ceux-ci suscitent ? Le monstre est-il un fauve, un dandy, un bon gars ou un sale type ? Tout est vrai, et faux aussi : c’est le doute qui importe, amusé ou horrifié (voir la très impressionnante opération chirurgicale pratiquée au quart du film). Le film séduit ainsi, généreusement moqueur, amoureux de ses contradictions. No Such Thing : « rien de tel ». L’impression qu’il donne n’est pas si fréquente : celle que ce film, on ne l’avait effectivement encore jamais vu.

 

(Paru dans Les Cahiers du cinéma n°558, dossier Cannes, juin 2001)

No Such Thing (Etats-Unis, 2001) de Hal Hartley

Erwan Higuinen

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