High Fidelity

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On connaît la mélodie, et les paroles aussi. High Fidelity est une comédie du remariage, mais pop, toujours consciente d’elle-même, qui balance affectueusement ses séquences familières comme un juke-box ses disques déjà bien usés, voire carrément rayés. High Fidelity est l’adaptation, à peine mise en scène par Stephen Frears, co-écrite, co-produite et interprétée par John Cusack, d’un roman de Nick Hornby d’une telle justesse ado prolongée qu’il provoquait une tenace jubilation effrayée. Roman anglais, dont l’intrigue est ici déplacée à Chicago, ce qu’on a beaucoup reproché aux auteurs du film. A tort : avait-on réellement essayé d’imaginer ce que High Fidelity serait s’il était britannique ? Sans doute une horreur. Ce qui le plombe un peu, c’est justement son côté Quatre mariages et un enterrement. Et ce qui le sauve, la présence discrète de l’esprit de Lester Bangs (qui flotte plus officiellement sur Presque célèbre de Cameron Crowe, également disponible en DVD), rock critic (et même plus que cela) américain définitif (pour le vérifier, lire Psychotic Reactions, Editions Tristram).


Aujourd’hui,
High Fidelity est un DVD. Donc un disque, pourvu, en guise de bonus-tracks, de quelques scènes coupées au montage et même de « prises alternatives ». C’est bien, c’est même très bien, le support s’accorde au sujet, amis fétichistes, tout se tient. Bon.


Aujourd’hui,
High Fidelity se regarde sur le petit écran, et les confidence de John Cusack à la caméra y passent beaucoup mieux qu’au cinéma. Trentenaire qui se croit rejeté, il a de faux airs d’Ally McBeal mâle. Et le film, de pilote d’une série prometteuse qui reste à créer. Certes.


Mais est-ce vraiment pour cela qu’en dépit de sa timidité chronique, on aime ce film, et aujourd’hui (c’est-à-dire à domicile) plus qu’hier ? En partie, mais… Ici, la musique omniprésente (et bien choisie, à deux ou trois fautes de goût près), la manie des listes que l’on compare (façon « mes cinq ruptures les plus douloureuses »), les monologues humoristico-névrotiques, tout concourt à déjouer la continuité temporelle. Et, ce faisant, à mettre en place un troisième espace entre la pensée individuelle ressassante et la vie (à peine) sociale routinière, entre l’intérieur et l’extérieur. Une sorte de sas instable où l’on peut éventuellement tenir à plusieurs et où, pour chacun, coexistent aisément différents âges de l’existence. Il y est même envisageable que l’égotisme se change en exemplarité fraternelle. Un film interactif ? A sa manière incomplète, oui.


Sa copine partie, John Cusack reclasse ses disques, selon un principe qui ne sera cette fois pas alphabétique mais
« autobiographique ». Sur ses étagères, les vinyles retrouveront l’ordre dans lequel ils ont fait leur entrée dans sa vie. Qui défile alors peut-être devant ses yeux. Qui défilera pour lui à volonté. Le lecteur de DVD ronronne, retour au menu, le film est fini. L’heure est venue de réécouter les Smiths, et puis Bowie, et peut-être même Alphaville, tant qu’à se faire mal. Où a bien pu passer le DVD de Velvet Goldmine ?

(Paru dans Les Cahiers du cinéma, hors-série « Nos DVD », décembre 2001)


High Fidelity
(2000) de Stephen Frears (Touchstone Home Video)

Erwan Higuinen

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